Osons le dialogue en Eglise et dans le monde

Résumé de l'intervention de Monique BAUJARD à Aire sur la Lys

Résumé et points essentiels de l’intervention de Monique BAUJARD (31mai 2022, Aire sur la Lys) établi par I. Mouflin

 

          D’origine néerlandaise, Monique Baujard a fait ses études de droit en France et a exercé pendant près de 10 ans comme avocate au barreau de Paris. Elle s’est ensuite tournée vers des études de théologie et a travaillé pour la Conférence des évêques de France (CEF). Première femme à diriger le service Famille & Société de la CEF de 2009 à 2015, elle a suivi un large éventail de sujets de société allant de la crise économique au mariage pour tous en passant par l’écologie ou les affaires européennes. La pensée sociale de l’Eglise étant le cœur de métier de ce service, elle a dirigé la publication de deux livrets destinés à mettre la pensée sociale à la portée de tous : Notre Bien Commun (I et II). Aujourd’hui, elle prépare un doctorat de théologie à l’Université de Louvain en Belgique, elle est chargée d’enseignement à la Faculté de Sciences Sociales et Economiques de l’Institut catholique de Paris, présidente des Amis de La Vie et membre du comité de pilotage de Promesses d’Eglise.

 

Osons le dialogue en Eglise... et dans le monde...

 

          Oser le dialogue : cela suppose du courage pour oser.

          L’Eglise n’avait pas besoin de dialogue auparavant, elle a été dominante durant de nombreuses années, avec un fonctionnement vertical où tout descend du haut vers le bas.  Toutes les sociétés fonctionnaient comme cela, (ex : l’enseignement)

L’Eglise a commencé à changer avec le Concile Vatican II en 1964 : le mot « dialogue » apparait, le monde est décrit comme un cercle de dialogue : le dialogue doit devenir la façon de fonctionner. C’est parce que le monde changeait que le Concile a été convoqué : lire les signes des temps à travers cette évolution.

          L’annonce de l’Evangile se fait dans la vie concrète. Le dialogue est vu parfois comme une faiblesse.  

Le vrai fondement théologique : c’est le dialogue du salut. Dieu a pris l’initiative d’allers vers les hommes (langage humain), l’Eglise est amené à aller vers les hommes. Dieu parle aux hommes, c’est ce que le Christ a fait avec les disciples d’Emmaüs, il les écoute d’abord. Ecouter avant d’arriver avec les solutions... L’Eglise a tendance à donner les réponses avant d’écouter les questions. Le dialogue est à l’exemple même du Christ.

 

          Le pape en 2013 à son arrivée a mis l’accent sur la rencontre et le dialogue, c’est la façon de transmettre. Avant, c’était une transmission automatique, aujourd’hui, on n’est plus dans cette situation. La foi ne se transmet pas comme ça, de haut en bas, la foi n’est pas une source de savoir théologique, c’est un style de vie, un témoignage, des rencontres interpersonnelles (d’où la nécessité du dialogue).

Aire sur la lys 31.05.22 intervention Monique Bauj Aire sur la lys 31.05.22 intervention Monique Bauj  

          Une Eglise synodale, c’est marcher ensemble. En 2015, le pape donnait les grandes lignes : une égale dignité entre tous les baptisés. Eglise synodale = église de l’écoute.

          On a longtemps été dans une Eglise où il y a ceux qui savent et ceux qui écoutent. L’Eglise du Service est une Eglise où personne n’est au-dessus de l’autre. Mais dans un fonctionnement horizontal, dans toute organisation, il est parfois nécessaire de trancher.  

          Dans « La joie de l’Evangile », le pape écrit que chaque personne qui a rencontré le Christ peut témoigner de l’amour de Dieu, même sans faire d’étude théologique. Pour dire sa foi, on dit le CREDO. Mais celui qui ne connaît pas le credo, cela ne lui parle pas.

          Le pape François a engagé plusieurs synodes (sur la famille, les jeunes, l’Amazonie... et en ce moment sur la synodalité) Les évêques n’ont pas l’habitude de la synodalité : ils avaient 3 min de parole chacun, sans dialogue.  Le pape a d’abord écouté le peuple. Puis cette matière est travaillée par les évêques.

          Le pape s’est institué le garant de la communion (et non plus les évêques), donc ils peuvent maintenant aborder les sujets qui fâchent, et avoir une parole libre.

          Pour dialoguer, le pape a compris qu’il fallait une méthode pour mettre en pratique le dialogue, c’est pourquoi il lance le synode sur la synodalité. Prendre le temps de s’écouter et de dialoguer. Ce changement ne peut se faire du jour au lendemain : d’un fonctionnement vertical à marcher ensemble (fonctionnement horizontal)...

          Les conditions pour qu’un dialogue soit possible (selon les textes de Paul VI) :  dialogue désintéressé, inter-personnel, en confiance … c’est Dieu qui fera que cela donne du fruit. Dialogue conduit avec clarté, prudence (contraire de l’Eglise autoritaire, intransigeante), changement de mentalité pour tous : clercs et laïcs.

 

Les conditions requises pour un dialogue possible :

  • Accepter l’autre comme un interlocuteur digne, lui faire une placeAire sur la lys 31.05.22 intervention Monique Bauj Aire sur la lys 31.05.22 intervention Monique Bauj  
  • L’écouter et accepter qu’il ait une part de vérité qu’il peut nous apprendre
  • Exprimer clairement sa position et accepter un questionnement réciproque
  • Être au service d'un projet, du bien commun

 

Quels sont les enjeux du dialogue ? les dernières élections (les présidentielles) ont montré une fracture, beaucoup d’exemples où le dialogue est difficile dans la société. S’il n’y a plus de débat, les dérives sont possibles : la violence,  la démocratie peut être en danger.

Entre catholiques, le dialogue est difficile : il y a l’Eglise traditionnelle et l’Eglise progressiste. Dans l’Eglise traditionnelle, règne souvent la peur : si au moins l’Eglise ne bouge pas, cela rassure, pour que l’Eglise ne disparaisse pas.

 

Conclusion : le dialogue en Eglise est nouveau, c’est un exercice difficile et long.  Il n’y a pas de lieu, pas de méthode, et c’est cela qu’il faut inventer (y compris au niveau des évêques) : lieux à créer, méthodes à trouver.

Les évêques allemands ont voulu faire un chemin synodal avant le travail sollicité par le pape. Les laïcs  (organisé en collectif depuis 150 ans) ont réussi à faire qu’il y ait une codécision. Pour un dialogue fructueux et une codécision, il faut un cadre, une méthode : les décisions sont préparées ensemble clercs et laïcs.

 

Ressources :

  • Livre : « Foi et religion dans une société moderne », du Cardinal Joseph DE KESEL, archevêque de Malines-Bruxelles. Le cardinal analyse les changements, mais il n’en conclut pas que l’Eglise va disparaître. Cela ne veut pas dire que la foi va disparaître. Même si la culture chrétienne n’est plus là, l’Esprit Saint travaille. L’Eglise est plus ouverte au dialogue. L’important n’est pas d’être moins nombreux, mais d’être signifiants. Dans une société qui ne sera plus chrétienne, annoncer l’Evangile jusqu’aux extrémités de la terre : par le dialogue, le témoignage, l’annonce se fera dans la vie quotidienne, par les actes quotidiens.

 

  • Promesses d’Eglise regroupe 50 organisations (mouvements d’action catholique, chemin neuf...), créé suite à la lettre du pape au peuple de Dieu. C’est compliqué de marcher ensemble. Ce qui nous unit (c’est le Christ) est plus important que ce qui nous divise ! On peut être différent sur la forme, mais le fond est le même. Si on est d’accord sur le fond, on peut marcher ensemble. Site internet : www.promessesdeglise.fr avec l’arbre de la synodalité (dans l’onglet thématique/ synodalité/en bas de la page cliquer sur l’arbre, et enfin sur la dernière version cliquer sur 25 janvier 2022)

 

 

  • Article de la Croix du lundi 30 mai, p24, rubrique « À vif, l’espace du débat » : « Si les catholiques ne font que refléter l’image de la société, ils sont insignifiants » par Monique Baujard

 

  • Livre « l’Eglise à la maison » de Marie-Françoise Baslez

Article publié par Doyenné du Pays de la Lys • Publié • 210 visites