Aux dimensions du monde

Eglise d'Arras n° 9-2016

AUX DIMENSIONS DU MONDE.

 

Les Journées Mondiales de la Jeunesse se dérouleront, cette année, à Cracovie du 26 au 31 juillet 2016. Selon l’usage,  les jeunes sont préalablement invités à se rendre pendant une semaine dans un diocèse du pays d’accueil, en l’occurrence la Pologne. Les participants du diocèse d’Arras seront accueillis dans le diocèse de Gniezno.

 

                Du 21 au 26 avril, j’ai répondu à l’invitation de l’archevêque de Gniezno et Primat de Pologne, Monseigneur POLAK. J’ai participé aux célébrations qui marquent la fête patronale de Saint Adalbert. Pour ce rapide séjour, j’étais accompagné par Monsieur l’abbé Przemek WYSOCKI que j’ai ordonné prêtre pour notre diocèse en juin 2015. Il est originaire du diocèse de Gniezno et a fait une longue partie de sa formation au séminaire de cette ville. Il est actuellement prêtre associé à la Paroisse Saint Paul en Ternois. Monsieur l’abbé Pierre-Marie LEROY, curé de cette même paroisse faisait également partie du voyage.

 

                A trois, nous avons pu apprécier la chaleur, la délicatesse, l’empressement du Primat, de plusieurs prêtres et de quelques communautés. Les uns et les autres nous ont fait découvrir de l’intérieur une vie en Eglise largement marquée par les grandes heures, mais aussi les souffrances de la Pologne.

 

                A plusieurs reprises, ce pays et ses habitants ont fait l’objet de la convoitise de voisins qui l’ont envahi, amputé et l’ont même rayé de la carte pendant plus d’un siècle. Sans existence géographique et politique, la Pologne a subsisté dans les cœurs et dans le désir par la force de la foi.

 

A une époque encore récente, la même foi, l’Eglise et ses responsables ont constitué la seule puissance capable de résister ouvertement au pouvoir absolu du parti communiste. C’est toujours cette foi qui a suscité et nourri les leaders qui se sont levés pour s’opposer et ouvrir à la Pologne des chemins nouveaux.

 

Sur place, il est plus facile de vibrer à l’unisson de l’âme polonaise et de comprendre l’attachement viscéral, même s’il évolue, à une foi et une tradition qui, à plusieurs reprises, ont constitué le ciment de l’unité d’un pays et d’un peuple.  Elles les ont empêchés de sombrer dans le doute, le désespoir, la résignation.

 

Au pays de la Révolution Française, de la séparation des Eglises et de l’Etat, il est parfois difficile de comprendre le  lien particulier qui existe entre la nation polonaise et l’Eglise. Il est toujours intéressant de recueillir sur place le témoignage d’un itinéraire original.

Comme tous les pays européens, la Pologne est traversée par les courants contemporains et les attraits de la société de consommation. Les aspirations des jeunes n’ont rien à envier à celles de leurs semblables rencontrés dans l’espace européen. L’Eglise exerce encore une réelle influence, même si elle est de plus en plus concurrencée par d’autres sources d’inspiration largement véhiculées par des médias qui ignorent les frontières.

Un pays qui n ‘a pas possédé d’empire colonial ne voit pas les migrations de la même manière que les héritiers de contacts noués au fil des siècles avec des peuples de langues, de cultures, de religions, de développements différents.  Les Polonais sont d’abord soucieux de retrouver ceux des leurs qui se sont dispersés dans le monde pour de multiples raisons.

 

La réalité bouge, mais il est encore possible pour une paroisse de 670 habitants en zone rurale  de bénéficier de manière exclusive du ministère d’un curé ! Il faut sans doute fixer un horizon différent, mais il est facile de deviner que la mise en œuvre concrète de la mission de l’Eglise ne répond pas aux mêmes impératifs à Gniezno et à Arras !

 

Les communautés et leurs pasteurs de multiples Eglises locales ont un grand bénéfice à tirer des rencontres, des découvertes, des partages qui enrichissent et interpellent. Nulle part, l’Eglise n’a trouvé, de manière définitive,  les méthodes susceptibles d’assurer la fécondité d’une mission qui ne dépend pas d’elle, mais de l’Esprit Saint.

Il est, en revanche, très instructif de regarder modestement avec la disponibilité des disciples du Christ comment en des lieux différents, des temps différents et dans des circonstances différentes, cette Eglise discerne les appels de l’Esprit Saint et s’efforce d’y répondre.

En acceptant de sortir de toutes les certitudes, des jugements et du nombrilisme, il est possible de vérifier que l’Esprit Saint, la Parole de Dieu et le Salut en Jésus-Christ se fraient un chemin au cœur de l’humanité et la constitue progressivement en une unique famille, objet de l’Amour du même Père.

 

Dès le retour de Pologne, le rapide passage dans le diocèse d’une délégation brésilienne du diocèse de Coroato emmenée par son Evêque  a confirmé sous un tout autre mode la nécessité de l’ouverture réciproque aux expériences d’enracinement et de mission de l’Eglise à travers le monde. Grâce notamment à l’abbé Michel CANDAS, prêtre de chez qui été envoyé en 1962 au Brésil, nous pouvons nous émerveiller de l’œuvre de Dieu qui sait où et comment toucher le cœur des hommes, surtout les plus petits pour leur ouvrir les chemins de la Vie. Nous sommes un peu plus sûrs qu’il est impossible d’enfermer ce mystère dans nos schémas : En Pologne, au Brésil, en France, nous sommes invités aujourd’hui comme hier à le servir humblement.

 

 

                                                                                              + Jean-Paul JAEGER

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