Une authentique et profonde conversion

Eglise d'Arras n°07

Synode mars 2014 5 Synode mars 2014 5  A l’heure où je rédige ces quelques lignes, la deuxième session du Synode Provincial vient de s’achever. Les membres se sont dispersés un peu plus tôt que prévu pour permettre à chacun de remplir son devoir électoral.

 

Au cours d’un week-end marqué par la célébration de deux Eucharisties, de longs temps de prière, de travaux de groupe, d’assemblées plénières, d’interventions extérieures s’est renforcée progressivement une conscience commune. Tous se sont mis à l’écoute de l’Esprit Saint et se sont appliqués à discerner le chemin que trace le Seigneur pour les paroisses de nos trois diocèses.

 

J’ai personnellement été frappé par l’appel répété à la conversion. Ce mot et la réalité qu’il recouvre dépassent largement le seul retournement du cœur si souvent sollicité pendant le temps du carême. La formule fait appel à ce que nous pourrions appeler en langage contemporain un véritable changement de logiciel !

 

Spontanément et logiquement, lorsque nous évoquons l’avenir des paroisses, nous dressons la liste des moyens humains et ministériels qui font défaut.  Nous repérons ceux qui se mettent en place ou se renouvellent pour que les communautés territoriales vivent, rayonnent et remplissent leur mission. Il est difficile d’échapper à cette recherche. Des fidèles se sentent à l’aise dans nos paroisses, y trouvent la nourriture de leur foi, y puisent un élan missionnaire.  Il est heureux et nécessaire qu’il en soit ainsi aujourd’hui et demain.

 

Il faut cependant reconnaître que cette catégorie de fidèles ne représente qu’une petite partie des baptisés et une part plus restreinte encore du tissu humain de notre région. Devant un tel constat, nous nous interrogeons : Comment se fait-il que l’Eglise catholique, ses groupes, ses propositions sont l’objet d’une si grande désaffection, voire d’une parfaite indifférence ? A qui la faute ? Quelles erreurs ont été commises ?

 

Une telle révision de vie ne manque pas d’intérêt. Il y a toujours plus, mieux et autrement à faire. Nous enfoncer dans cette voie risque, cependant,  de nous conduire dans une impasse et de stériliser nos efforts. Nos paroisses, leur organisation, leur fonctionnement, leur gestion constituent un héritage de l’histoire. Il serait probablement toujours adapté à la situation si l’Eglise catholique était encore reconnue et acceptée comme la matrice de notre société.

Nous garderons la nostalgie de la période où les Français se reconnaissaient massivement comme membres de l’Eglise Catholique. Ils l’étaient puisqu’ils étaient baptisés, confirmés, catéchisés, participaient à l’Eucharistie, pratiquaient le service du frère et conduisaient, bon gré, mal gré, leur vie personnelle et collective à la lumière de l’Evangile et de l’Enseignement de l’Eglise. L’existence se déroulait alors sous le manteau de l’Eglise. Il est facile de vérifier que, dans un tel cadre, les paroisses remplissaient plutôt bien leur rôle.

 

Nous sommes loin de cette situation, même si, encore une fois, elle rend compte de ce que vivent des fidèles qui ne doivent pas êtres frustrés. Nos paroisses ne sont pas mortes. Elles doivent simplement  compter, et ce n’est pas peu dire, avec une société qui s’est largement affranchie de sa tutrice et entend bien se construire à distance d’elle, même quand il lui arrive de lui reconnaître une certaine utilité. L’Eglise n’est plus de droit chez elle dans la société, alors que naguère la société était, en quelque sorte, dans l’Eglise. Elle y est tolérée, acceptée, rejetée, plus rarement souhaitée et attendue. Jamais, elle ne renoncera à lancer en elle le bon grain de l’Evangile, à être signe et instrument du Salut, à agréger de nouveaux membres au Corps du Christ. L’Eglise ne peut toutefois pas oublier que l’annonce de l’Evangile, le partage de la foi, l’implantation repérable de l’Eglise ne vont plus de soi. Ils doivent manifester leur fécondité, solliciter une adhésion, vérifier par les actes ce que proclament les mots.

 

Nos paroisses ne sont pas mortes. Elles voient s’effondrer des pans de l’édifice qu’elles ont contribué à construire. Elles doivent se laisser convertir. Nous ne pouvons plus, au nom d’une vision supposée idéale, faire comme si tout petit Français était tombé dès sa naissance dans le chaudron de la foi chrétienne. Nous ne jouerons pas longtemps à faire comme s’il suffisait de rattraper les brebis égarées pour retrouver un état antérieur. Nous ne cacherons pas sous de belles formules que chacun comprendra à sa façon les déchirures d’un tissu dont il est sans doute inutile de cultiver le regret.

 

Le synode ne se met pas d’abord à la recherche de nouvelles recettes. Il lance nos paroisses  sur les routes parcourues par Jésus de Nazareth. A sa suite et à son école, il invite à partir à la rencontre d’une humanité qui aspire à la liberté, à la délivrance, à la reconnaissance, à la guérison, au pardon, à la fraternité. Le Christ, sa Parole, l’Esprit Saint, l’accueil de la filiation que Dieu offre sont au cœur du synode. Ce n’est que dans ce cœur que des mesures concrètes prendront sens et porteront des fruits.

 

Cet itinéraire est impossible à suivre sans une réelle conversion que Dieu seul rend possible.

 

+ Jean-Paul JAEGER