Evangélisation, catéchèse et Jubilé

Fête du 5 juin Eglise d'Arras 12-2016

Evangélisation, catéchèse et Jubilé.

 

1er livre des Rois 17, 17-24

Galates 1, 11-19

Luc 7, 11-17

 

Jubilé Mgr Jaeger Jubilé Mgr Jaeger  Au moment de son entrée dans la ville de Naïm, une grande foule fait route avec Jésus. Une autre foule, importante, elle aussi, sort de la ville. Elle accompagne une femme qui vit le drame des drames. Veuve, elle va enterrer son fils unique. Ces quelques lignes de l’Evangile que nous venons d’entendre illustrent, mieux que de longs discours la mission que le Fils de Dieu a reçu de son Père. Il vient la remplir sur les chemins de l’humanité.

L’itinéraire peut être douloureux,  très douloureux. La femme qui a perdu ce qu’elle a de plus cher résume en elle tous les drames, toutes les souffrances, toutes les frustrations qui abattent l’homme. Ces épreuves touchent la vie personnelle, la vie familiale, la vie sociale. Elles perturbent et dénaturent les relations entre les peuples. Elles pervertissent la relation à Dieu. La présence de la foule atteste que ces tourments ne constituent pas quelques phénomènes épars, mais qu’ils atteignent, d’une manière ou d’une autre, chaque membre de la famille humaine.

Une bonne nouvelle résonne à nos oreilles. Dieu est compatissant. Il ne l’est pas au nom d’une définition que l’on donnerait de lui. Il est venu en la personne de son Fils épouser la condition humaine. Ce n’est pas dans un livre qu’est affirmée la compassion de Dieu. Elle s’accomplit dans un cortège funèbre daté et situé. Elle entre dans l’existence d’une mère. Elle saisit un jeune homme qui se redresse, arraché à la mort. « Je te l’ordonne » dit le texte « Lève-toi ! » Existe-t-il un plus bel ordre à exécuter que celui qui appelle à la vie ! Qui, hormis Dieu, peut-être l’auteur d’une aussi merveilleuse injonction ?

Contrairement à ce qu’imaginait la femme qui hébergeait naguère le prophète Elie, Dieu ne vient  pas reprocher des fautes et les punir en faisant mourir. Dieu vient visiter son peuple pour qu’il vive. Tel est le projet, l’unique projet de Dieu lorsqu’il envoie son Fils lutter contre toutes les forces de la mort et les vaincre de façon définitive.

Nous nous sommes rassemblés aujourd’hui pour faire un premier point sur les initiatives qui ont été prises dans nos diverses communautés pour accueillir les orientations du synode provincial promulguées en septembre dernier. Nous ajustons et confirmons le contenu du projet diocésain d’Evangélisation et de catéchèse. Peut-être pensez-vous : «  Des textes, encore des textes, toujours des textes ! »

 

 

L’écriture est indispensable pour partager ensemble un certain nombre de convictions. Elle est nécessaire au partage et à l’expression commune de la pensée. Elle oriente notre marche. Mais, les textes que l’on passe des heures à scruter autour d’une  table peuvent demeurer  lettres mortes, fournir un alibi  ou justifier l’absence d’engagements concrets.

C’est au cours de la célébration de l’Eucharistie qu’est remise la nouvelle rédaction de notre projet. Il n’a de sens que s’il est rapporté au Christ-Lui-même, le vrai et unique pédagogue qui, par l’Esprit-Saint, nous fait entrer dans le mystère de la foi. Dans l’Evangile, la route empruntée par le Christ croise la route suivie par le cortège funèbre. La vie jaillit sur une route.

L’initiation chrétienne est le chemin sur lequel le Christ lui-même fait entrer les personnes dans le mystère d’Amour du Père, du fils et de l’Esprit-Saint. C’est en suivant Jésus qu’il est possible de passer de la mort à la vie.

Les témoins qui se trouvaient aux portes de Naïm avaient probablement quelques notions religieuses. Ils avaient entendu parler des prophètes et de leurs annonces. L’événement qui se déroule sous leurs yeux les introduit cependant dans une nouveauté radicale. C’est parmi eux que se lève un grand prophète. Dieu ne se contente plus de parler par les prophètes, Il visite.

La tradition de l’Eglise s’appuie sur des textes, des documents, la recherche théologique, des exposés cohérents de la foi. Nous ne pouvons pas faire l’économie de tels instruments. Ils sont de fidèles alliés. Ils ne peuvent toutefois pas se substituer à l’expérience forte de la rencontre avec Jésus. Le Christ est Parole, la Parole par excellence puisqu’il est celle de son Père, mais cette Parole s’est faite chair et elle a habité parmi nous.

La compassion de Dieu est un agir de Dieu qui est source de vie pour l’homme de tous les lieux et de tous les temps.

Il a fallu du temps à l’apôtre Paul pour découvrir que Dieu l’appelait à proclamer un Evangile qui n’est pas une invention humaine. L’apôtre défendait avec une ardeur jalouse les traditions de ses pères. Sa vie est bouleversée quand il prend conscience que Dieu a trouvé bon de révéler en lui son Fils pour qu’il l’annonce parmi les nations païennes.

Membre du Peuples de Dieu, pasteurs, nous sommes toujours prêts pour défendre les traditions de nos pères. Avouons-le, c’est une bonne méthode pour nous transmettre nous-mêmes. L’apôtre, le missionnaire, le pasteur, le prédicateur, le ou la catéchiste doivent, de façon permanente, laisser Dieu révéler en eux son Fils pour qu’ils puissent l’annoncer. L’apôtre, le missionnaire, le pasteur, le prédicateur, le ou la catéchiste sont d’abord des convertis même s’ils ont été baptisés il y a bien longtemps.

Les instituts de formation, quelle qu’en soit la nature, sont indispensables. Cependant, la mission commence quand deux foules se rejoignent. Elle devient vie lorsque la foule qui crie sa souffrance voit à l’œuvre le grand prophète qui la visite et devient la foule qui fait route avec Jésus. La mission est celle du Christ. Nous ne pouvons que la servir humblement.

Dans la soirée du 11 avril 1991, je rencontrais pour la première fois les séminaristes de Nancy. Dans la journée avait été annoncée officiellement ma nomination en qualité d’évêque coadjuteur du diocèse. Un séminariste m’a interrogé : « Père, quelle devise allez-vous choisir ? » Il m’a fallu mettre en œuvre pour la première fois l’art de la diplomatie épiscopale pour ne pas lui répondre qu’à ce moment précis le choix d’une devise constituait le cadet de mes soucis.

La question a cependant fait son chemin et dans la réflexion et la prière, j’ai choisi de placer mon parcours épiscopal sous la lumière du verset 10 du chapitre 10 de l’Evangile de Saint Jean : « Je suis venu pour les hommes aient la vie. »

En cette Eucharistie au cours de laquelle, j’ai souhaité rendre grâce pour 25 années de ministère épiscopal, l’Evangile nous fait témoin de de la vérité et de l’efficacité de la Parole de Jésus : un jeune homme, à la joie de sa mère et de la foule, reçoit la vie.

Pourquoi répondons-nous, aujourd’hui encore, à l’appel qui nous est adressé ce soir ? Pourquoi voulons-nous, membres du Peuple de Dieu,  devenir ou redevenir apôtres, missionnaires, pasteurs, prêtres, diacres, religieux, religieuses fidèles laïcs envoyés. Le Christ dont nous faisons mémoire de la Mort et de la Résurrection dans l’Eucharistie nous souffle la réponse : « Pour que les hommes aient la vie ! »

En 25 ans, j’ai, à mon goût, suivi trop de cortèges funèbres, ceux de plus de 300 prêtres. Ils n’étaient pas des fils uniques, mais des frères. Il me fallait dans le même temps être ministre du grand prophète qui visite son peuple. L’épreuve se fait joie. J’ai besoin de collaborateurs qui, signes du Christ, annoncent, servent et donnent la vie en visitant l’humanité. Ils sont là, bien sûr, mais trop peu nombreux. Qui voudra les rejoindre pour que l’être humain ne pleure plus, se redresse, parle et rende gloire à Dieu ? L’homme aura la vie !

Mgr Jaeger

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