Homélie ordination juin

Przemyslaw Wysocki

Ordination Przemek 4 Ordination Przemek 4  Ordination presbytérale de Przemyslaw Wysocki

 

Ezéchiel 17, 22-24;  2ème Corinthiens 5, 6-10;  Marc 4, 6-34

 

            Si nous en doutions encore, nous devons bien admettre qu’il existe une parfaite harmonie et une juste convenance entre  le Règne de Dieu et la modestie. Les textes de la Sainte Ecriture que nous venons d’entendre ne disent pas autre chose. L’Eglise forme,  sur la terre, le germe et le commencement de ce Règne de Dieu. L’humilité, la simplicité, la pauvreté que nous connaissons à l’Eglise ne sont donc pas des attributs regrettables dont la revêtiraient des circonstances défavorables et passagères. Elles font partie intégrante de son identité et de sa mission.

 

            Une trompeuse illusion a pu laisser croire, à certaines périodes de l’histoire, que la fécondité de l’Eglise est proportionnelle à la force, à la puissance, à l’autorité qu’elle déploie en un lieu et à une époque déterminés. Quand l’Eglise se présente extérieurement comme un colosse, elle a toujours les pieds d’argile. Les événements lui ont parfois rappelé cruellement cette fragilité.

 

            Puisqu’il en est ainsi et sous prétexte de modestie, l’Eglise devrait-elle renoncer à la logique du nombre ? Certainement pas ! Vous savez comme moi qu’il est plus facile de déclarer que nous ne sommes pas envoyés pour faire du chiffre que de nous remettre en question, interroger nos pratiques et nos organisations, retourner à la source de notre foi et de nos engagements.

 

Nous ne pouvons, quand même, pas oublier que l’ultime parole de Jésus  à ses apôtres les invite à faire de toutes les nations des disciples et à les baptiser au nom du Père, du Fils et du Saint Esprit. L’Evangile de ce dimanche parle bien d’une moisson, d’une semence qui va dépasser toutes les plantes potagères. Déjà le prophète Ezéchiel parlait d’un « cèdre magnifique » planté par le Seigneur Lui-même.

 

            Hommes et femmes du rendement, de l’efficacité, de l’entreprise, nous sommes certainement plus à l’aise avec ces images qu’avec l’allusion à la toute jeune tige ou à la graine de moutarde, plus petite de toutes les  semences.

            Alors, faut-il viser la grandeur, l’immensité ou la petitesse, la maigreur ? L’apparente contradiction n’en est une qu’au regard de nos appréciations humaines, elle se résout facilement dans le projet de Dieu.

            Parce que nous sommes des ouvriers consciencieux et zélés, nous imaginons un peu vite que la croissance du Règne de Dieu est immédiatement liée à notre investissement, nos efforts, notre mérite. Ce règne devient notre affaire et nous nous préoccupons de lui donner une configuration conforme à nos désirs.

 

            C’est souvent ainsi que nous entendons façonner et modeler l’Eglise, au risque de la dénaturer et de l’éparpiller en une multitude de structures répondant à autant de sensibilités et d’attentes. Une telle Eglise ne présente aucun intérêt. Elle se paralyse et se détruit elle-même.

            Le Règne de Dieu, l’Eglise, l’évangélisation sont fondamentalement l’Œuvre de Dieu au cœur du monde. Elle nous dépasse tellement qu’elle ne peut se dévoiler que progressivement à nos yeux. Seul un long compagnonnage avec le Christ, Image du Dieu Invisible, peut, par la force de l’Esprit-Saint, en faire grandir la compréhension dans nos cœurs.

 

            Fidèles du Christ, ministres ordonnés, consacrés, nous ne nous interrogerons jamais assez sur le projet de Dieu, son mystère, sa réalisation. Nous ne cultiverons jamais trop l’admiration, l’émerveillement, l’action de grâce pour le règne de son Amour que, dans sa souveraine liberté, Dieu implante et répand dans notre humanité. Dieu parle et agit selon son dessein.

            Membres de l’Eglise, nous sommes les humbles serviteurs de ce désir de Dieu. Joyeux serviteurs, nous nous mettons à la disposition d’une entreprise qui nous étonnera et nous bousculera toujours. Elle nous crucifiera toujours, comme elle a crucifié Jésus, le serviteur fidèle. Elle nous ouvrira toujours les portes de la Vie comme elle a fait sauter les verrous de la mort au matin de Pâques.

 

            Le synode provincial va bientôt entrer dans le quotidien de nos paroisses, de nos communautés, de nos groupes, de nos mouvements. Il ne s’agira pas simplement d’accueillir un catalogue de décisions ou de propositions. Chacun sait que l’on ne recherche dans un catalogue que ce qui nous intéresse ou ce dont nous avons immédiatement besoin.

            Vivre en état de synode, ce n’est pas effectuer une reprise supplémentaire dans un tissu qui se déchire de plus en plus, mais se remettre ensemble à la disposition de Dieu qui offre aux hommes et aux femmes de ce temps la force, la chaleur, le renouveau, la miséricorde de son Amour en son Fils Jésus, par le souffle de l’Esprit-Saint. Le synode servira le règne de Dieu.

 

            Dans l’Eglise, en exerçant le ministère presbytéral, Przemek sera lui-même au service de la manifestation, du dévoilement, de la découverte du Règne de Dieu. Avec ses frères prêtres, unis à leur évêque, avec le concours de tous les consacrés, des fidèles laïcs, il permettra à l’Eglise dans le Pas-de-Calais d’être toujours davantage le signe et l’instrument du Règne de Dieu, la visibilité d’une réalité qui échappe encore à la claire et parfaite vision de l’humanité.

            L’annonce de l’Evangile, la présidence de la célébration des sacrements, l’appel à suivre le Christ dans tous les lieux et les moments de la vie,  le service fraternel construisent, rassemblent et unifient l’Eglise. Le ministère des prêtres atteste que cette mission ne relève pas du bon vouloir d’individus ou de groupes plus entreprenants et généreux les uns que les autres.

 

            Cette mission appartient en propre au Christ, l’unique prêtre qui offre sa vie pour que triomphe l’Amour de Dieu dans le cœur, dans l’existence, dans l’histoire de tout être humain et de toute la famille humaine. Les prêtres sont mis à part, façonnés, modelés, burinés au plus profond d’eux-mêmes à l’image du Christ, par le don de l’Esprit-Saint,  pour accomplir en son nom, au fil du temps ce que Lui-même a effectué une fois pour toutes : l’offrande amoureuse de sa vie pour le salut et le bonheur de ses frères humains.

Przemek, tu te demanderas souvent si tu sais t’adapter à la culture de notre temps, aux us et coutumes de ces étranges Français qui, jusque dans l’Eglise, sont bien convaincus d’être plus malins et intelligents que tout le reste de la planète. Tu vérifieras que tu es capable de parler le langage des jeunes, des personnes handicapées que tu affectionnes particulièrement. Tu veilleras à ne pas rejeter les personnes qui ont planté leur tente loin de l’Eglise. Tu pratiqueras l’accueil bienveillant à l’égard de tout visiteur qui viendra sincèrement chercher un rayon de la lumière de l’Eglise. Loin des bases familières des communautés chrétiennes, tu iras découvrir dans les cœurs humains les semences du Règne de Dieu. A l’école de Sœur Faustine, tu seras l’apôtre de la Miséricorde de Dieu. Bien sûr, tu nourriras les jeunes chrétiens et les moins jeunes qui reconnaissent leur soif de la Parole de Dieu, veulent progresser sur les chemins de la prière, du pardon, de l’apostolat. Tu formeras, tu enseigneras, fortifieras par les sacrements. Tu développeras la collaboration avec tes confrères, avec les diacres, les religieux, les religieuses, les fidèles laïcs. Bref, tu ne t’ennuieras pas !

 

            Przemek, tu risques d’oublier ma longue énumération, je vais donc la ramener à une seule question. Ressembleras-tu au Christ ? C’est dans cette ressemblance imprimée en lui par l’ordination sacramentelle que l’on reconnaît un prêtre. Tu éprouveras peut-être la tentation de donner de toi une image parfaitement conventionnelle et relookée sur les réseaux sociaux. Mais où, quand et comment laisseras-tu percevoir que tu es ministre de Jésus artisan de la Miséricorde de son Père, de Jésus qui affronte toutes les détresses, les blessures et les souffrances de l’humanité, de Jésus condamné, crucifié, humilié, de Jésus ressuscité ? N’aie pas peur de cette question !

 

            Mieux que quiconque, Saint Paul a renoncé à une belle et flatteuse image, celle de sa certitude pharisienne et il a tout perdu à cause de Jésus-Christ, celui dont il parle désormais comme son unique trésor. Nous savons à quel point cette conversion fut le chemin de la fécondité de son apostolat. Tu peux donc croire l’apôtre Paul lorsqu’il t’invite, nous invite à garder toujours confiance. Dans un monde à la fois merveilleux et douloureux, nous cheminons dans la foi, mais encore à tâtons. Dieu nous guide.

            Ton ministère aidera tes frères et sœurs humains à percevoir déjà ce qu’ils continueront à chercher. Il leur dira que la confiance en Dieu n’est jamais déçue ! La semence du Règne de Dieu germe et grandit. Tous et toutes  sont attendus sous les ramures de l’arbre de l’Amour de Dieu..

Article publié par E.H. Communication Diocèse • Publié • 4076 visites