Au nom de l’Évangile

Lettre publiée dans Eglise d'Arras n°7

Monseigneur Jaeger Monseigneur Jaeger  Au fil de la campagne électorale qui est maintenant derrière nous et depuis son élection, le nouveau président de la République a souvent répété aux Français qu’il les protégerait. 

Cette généreuse disposition répond sans doute à l’inquiétude bien compréhensive qu’ont pu engendrer des attentats qui se sont suivis. Si l’on en croit bon nombre d’observateurs politiques, ces propos font également écho au sentiment d’abandon ressenti, à tort ou à raison, par des millions d’hommes et de femmes qui ont recherché un refuge possible dans les votes extrêmes.

Ce mal-être ne trouvera pas sa solution dans quelques formules qui font les belles heures des joutes électorales. Il est sage et bienvenu que le premier responsable de notre pays prenne conscience du trouble qui agite notre société, même s’il faut en analyser les fondements. Il est encore plus heureux qu’il décide de l’affronter et de lui porter remède.

Une chose est certaine : un président de la République ne pourra jamais mener seul ce combat et en sortir victorieux. Il lui faudra mobiliser toutes les énergies disponibles, les fédérer, leur offrir des moyens d’action. Le mieux-vivre ensemble ne se décrète pas, il s’expérimente dans la convergence du savoir-être et du savoir-faire de toutes les personnes, sans aucune exception. Il s’écoule aussi de toutes les sources spirituelles et philosophiques qui irriguent la réflexion, les choix et les décisions.

Il n’est pas anormal qu’un évêque de l’Église Catholique et l’ensemble des fidèles se posent la question suivante : en 2017 que peuvent apporter notre foi et sa pratique à une société en panne de repères et de vouloir-vivre commun ?

Nous savons bien que nos contemporains n’attendent plus unanimement et spontanément l’heure de l’Église pour régler la montre de leur histoire. Qu’il soit donc dit tout de suite que l’Église ne revendique pas le monopole des fameuses valeurs aux contours indécis qui sont dans toutes les têtes et sur toutes les lèvres. Elles émaillent les discours d’orateurs qui ne savent pas plus que d’autres comment transformer ce fameux sentiment d’abandon en projets et en perspectives ! 

Loin de constituer un drame, cette distance donne une chance nouvelle au témoignage évangélique. Dans l’esprit et la réalité, il n’est plus normatif pour la collectivité. Il est une force, un dynamisme, une lumière, un appel pour ceux et celles qui sont touchés par la nouveauté d’une parole et d’un engagement qui donnent une orientation à l’investissement toujours exigeant pour soi-même et le bien de tous.

Nous aurions pu croire que les chevaliers blancs de la laïcité relègueraient définitivement dans des cercles restreints et fermés la visibilité du message évangélique et son rayonnement. Il est bien sûr possible de supprimer sous prétexte de laïcité et dans l’indifférence politique générale, le service rétribué de l’aumônerie catholique de l’hôpital de Lens. Il est encore possible de refuser la validation rectorale à un programme de visite qui prévoit la découverte d’une cathédrale célèbre. Il est toujours possible de conseiller à des maires de demander la désaffectation d’églises afin d’obtenir des subventions pour les restaurer et leur donner une autre destination.

Il est alors étonnant que tant de voix s’élèvent pour déplorer que ce message évangélique ne résonne pas plus fort dans l’espace public pour proclamer qu’il n’est pas compatible avec les thèses défendues par des formations politiques parfaitement intégrées et reconnues par les dispositifs légaux et électoraux de notre pays.

Et voilà qu’il est demandé à l’Église d’entrer dans la distinction entre le légal et le moral. L’injonction est d’autant plus curieuse que cette même Église se fait parfois vigoureusement renvoyer dans ses buts lorsqu’elle s’aventure sur le terrain du débat moral ou éthique. 

Dans la phase nouvelle qui s’ouvre devant nous, notamment dans le Pas-de-Calais, l’Église avec l’originalité du message qu’elle porte et des effets qu’il engendre se propose avec d’autres d’explorer les chemins d’une humanité plus digne, plus juste, plus accueillante, plus fraternelle. 

Les fruits de l’Évangile ont souvent, au cours de l’histoire, été bénéfiques pour les plus faibles, les malades, les étrangers, les oubliés de l’éducation, des loisirs, de la santé. Quoi qu’il en soit des failles et limites de ses membres, l’Église est là, aujourd’hui encore, pour jouer sa partition dans le concert du plus grand bonheur de chacun et de tous.

Cette Église peut parfois gêner, déranger, se trouver ailleurs quand on l’attend là, sembler silencieuse alors qu’on la presse de parler, devenir bavarde et inopportune lorsque l’opinion lui enjoint de se taire ou de rejoindre le chœur unanime. C’est un fait, cette Église si souvent décriée, parfois à juste titre, est encore attendue et sans doute écoutée ! Ne l’oublions pas.

Qu’il soit permis à l’Église de toujours manifester ce qu’elle pense être le plus beau et le plus grand pour chaque être humain, surtout pour celui que la commodité, l’intérêt ou la rentabilité laisse sur les bords du chemin de l’humanité.

 

+ Jean-Paul Jaeger