Deus Caritas Est

 

 

Deus caritas Deus caritas  « Deus Caritas est » n’échappera pas à ces jeux subtils. Il faut résolument nous en abstraire, sous peine de laisser échapper l’essentiel du propos de Benoît XVI et de son projet. Disons-le tout net :  Les amateurs de grandes annonces seront déçus ! Le texte laissera sur leur faim celles et ceux qui attendaient une liste de recettes souvent réclamées par une opinion soucieuse d’aligner l’Eglise  sur la culture contemporaine. Il décevra les partisans d’une ferme remise en ordre  qui mettrait enfin un terme aux supposés égarements des années post–conciliaires.

A l’évidence, le pape n’a pas cherché à faire sensation. Il nous mène simplement au cœur même de la foi de l’Eglise et de notre foi, au centre à partir duquel, il est possible de vivre aujourd’hui notre humanité sans complexe et sans crainte. Il nous invite  à un pèlerinage vers l’essentiel, là où nos recherches trouvent leur aboutissement, notre agir prend sens et peut s’engager sur le chemin d’un bonheur reçu et partagé.

L’élection à la charge papale ne gomme pas la nature. Même si nous retrouvons avec Benoît XVI une forme de pensée qui nous est familière, nous rencontrons dans la première partie, le professeur de théologie et le maître spirituel ! Les mots grecs ou hébreux, les citations latines, l’expression ciselée et méthodique, la finesse de l’argumentation révèlent l’enseignant de haut niveau que fut le Docteur Joseph RATZINGER.

Dans la deuxième partie, l’intellectuel et le croyant reprennent les accents du pasteur pour expliquer de façon claire et directe pourquoi et comment il convient d’inscrire dans le quotidien des relations personnelles et collectives ce que la méditation de l’Ecriture, la célébration des sacrements et la prière révèle de l’Amour de Dieu qui nous est donné en Jésus-Christ, par l’Esprit Saint.

Le pape nous fait méditer longuement le mystère de l’Amour. Le Souverain Pontife souligne les failles et les dérives possibles de l’amour humain dans la société contemporaine. Loin de le récuser, il montre comment uni à l’Amour de Dieu qui aime l’être humain, il constitue une richesse, un bien précieux. Sans doute doit-il grandir, passer par la purification, connaître la maturation, mais il introduit l’homme dans l’intimité même de Dieu Père, Fils et Esprit : « L’amour grandit par l’amour. L’amour est « divin » parce qu’il vient de Dieu et qu’il nous unit à Dieu.  » Une telle méditation offre une sérieuse bouffée d’oxygène à tant d’hommes et de femmes, de jeunes qui sont confrontées à de sérieuses et lourdes questions dès lors que l’amour est enfermé dans des relations de type marchand.

Dès lors, Benoît XVI ne peut que nous remettre en mémoire des conséquences logiques que

les mécanismes de la société de consommation ont relégué dans le magasin des accessoires inutiles ou des idées périmées. L’amour de Dieu et l’amour du frère ne font qu’un : « Seule ma disponibilité à aller à la rencontre du prochain, à lui témoigner de l’amour, me rend aussi sensible devant Dieu. Seul le service du prochain ouvre mes yeux sur ce que Dieu fait pour moi et sur sa manière à Lui de m’aimer.  »

Et voilà que le doux Benoît XVI prend un ton qui, soyons-en certain, dérangera et réveillera bien des consciences engourdies. Ne retenons qu’un bref passage : « … le temps présent met à notre disposition d’innombrables instruments pour apporter une aide humanitaire à nos frères qui sont dans le besoin, et tout spécialement les systèmes modernes pour la distribution de nourriture et de vêtements, de même que pour la proposition de logements et d’accueil. Dépassant les confins des communautés nationales, la sollicitude pour le prochain tend ainsi à élargir ses horizons au monde entier. »

Tel est notre pape : sans bruit, sur le mode discret qu’on lui connaît désormais, il nous guide vers la source. Prenons le temps de lire, d’accueillir, de méditer l’encyclique, de scruter la Parole de Dieu, de prier et d’agir selon le cœur de Dieu. Le reste nous sera donné de surcroît !

+ Jean-Paul JAEGER

 

Introduction de l'encyclique de Benoit XVI "Deus caritas est

Nous avons cru à l’amour de Dieu: c’est ainsi que le chrétien peut exprimer le choix fondamental de sa vie. À l’origine du fait d’être chrétien, il n’y a pas une décision éthique ou une grande idée, mais la rencontre avec un événement, avec une Personne, qui donne à la vie un nouvel horizon et par là son orientation décisive. Dans son Évangile, Jean avait exprimé cet événement par ces mots : «Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique : ainsi tout homme qui croit en lui [...] obtiendra la vie éternelle» (3, 16). En reconnaissant le caractère central de l’amour, la foi chrétienne a accueilli ce qui était le noyau de la foi d’Israël et, en même temps, elle a donné à ce noyau une profondeur et une ampleur nouvelles. En effet, l’Israélite croyant prie chaque jour avec les mots du Livre du Deutéronome, dans lesquels il sait qu’est contenu le centre de son existence : «Écoute, Israël: le Seigneur notre Dieu est l’Unique. Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de toute ta force» (6, 4-5). Jésus a réuni, en en faisant un unique précepte, le commandement de l’amour de Dieu et le commandement de l’amour du prochain, contenus dans le Livre du Lévitique : «Tu aimeras ton prochain comme toi-même» (19, 18 ; cf. Mc 12, 29-31). Comme Dieu nous a aimés le premier (cf. 1 Jn 4, 10), l’amour n’est plus seulement un commandement, mais il est la réponse au don de l'amour par lequel Dieu vient à notre rencontre.

 

Le texte complet sur le site du Vatican

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