"Ils se marièrent..."

Aux animateurs des préparations au mariage - le 2 juin 2006

mariage mariage  Les questions relatives au mariage et sa célébration ne sauraient, tant s’en faut, se focaliser sur la seule disponibilité des ministres.  Tout n’a donc pas été dit dans le récent document signé par les quatre évêques de Lille, Arras et Cambrai. La diminution du nombre des prêtres impose des décisions urgentes. Cependant, des questions plus fondamentales se posent. 

Que signifie, par exemple,  le sacrement de mariage dans une société où la rupture des couples et leur recomposition deviennent numériquement importantes et socialement admises ? Que représente le sacrement de mariage, lorsque toute vie sacramentelle est absente ou a pratiquement cessé d’exister ? Bien souvent, la Parole de Dieu, la prière, le service du frère au nom du Christ ne sont guère logés à meilleure enseigne. 

 

Dans ce contexte, des responsables de la préparation au mariage avaient sollicité de ma part, faute d’une possible participation à leur rencontre, quelques réflexions. Je les partage volontiers avec l’ensemble de la communauté diocésaine.

 

1- Il importe d’abord d’accueillir la requête des fiancés sans être a priori et immédiatement en réaction contre les ambiguïtés, les maladresses et les lacunes. La préparation au mariage est l’occasion de retrouver l’Eglise, voire d’un tout premier contact avec elle. Il ne faut pas rater ce rendez-vous. Bien souvent, il y a un long chemin psychologique et spirituel à parcourir pour sonner au presbytère ou chez des animateurs pour entamer la démarche.

 

2- Il est ensuite possible de décanter tous les éléments de la demande, de mettre en lumière sa richesse, de la partager joyeusement avec les fiancés, de faire découvrir le projet de l’Eglise lorsqu’elle propose le sacrement de mariage. Il est alors plus facile et compréhensible de parler d’exigences. Il faut veiller à ne pas les présenter comme l’application de normes froides et autoritaires, mais comme un véritable service de l’amour et du couple.

 

3- Les sessions de préparation remplissent une merveilleuse mission. Il n’est pas exagéré d’affirmer qu’elles enthousiasment de nombreux fiancés. Bravo et merci à celles et à ceux qui les animent ! Ces rencontres ne peuvent pas tout faire. Elles ouvrent l’appétit et permettent de prévoir comment il est possible de nourrir chacun en fonction de sa faim !
Il serait dangereux de limiter la préparation au strict minimum assimilable par le plus grand nombre. Là encore, en collaboration avec des groupes d’adultes, la catéchèse, le catéchuménat, il faut ouvrir sans tarder des portes. Il ne faut pas attendre longtemps « après » le mariage pour répondre à des attentes qui se manifestent, même si des propositions doivent conduire au-delà du mariage, au  baptême, à la confirmation, à l’Eucharistie, par exemple.

 

4- Bref, il faut diversifier ! mais avec quels acteurs ? Il importe aussi de demander du temps. On n’invitera jamais trop tôt à se préparer au mariage. Bien sûr, les couples sont très occupés, mais ils ont une disponibilité de cœur qui peut les aider à franchir des nouvelles étapes.

 

5- Nous devons oser entreprendre et inventer malgré les obstacles. Il est indispensable de vaincre notre vision égalitariste qui nous pousse à ne pas offrir ou proposer à quelques-uns ce qui ne nous semble pas accessible à tous. Ne projetons pas quelques situations réelles et contraignantes sur tous : Tous ne travaillent pas en Chine, tous n’achèvent pas leur labeur 23 heures,  tous ne sont pas occupés chaque week-end.

 

6- Si le couple a déjà des enfants, ne pas oublier que c’est une famille qui va être concernée par le sacrement de mariage. C’est avec elle qu’il faut tracer les chemins de l’avenir. En revanche, la célébration doit rester celle du mariage. Il ne semble pas opportun de baptiser un enfant au cours de la célébration du mariage de ses parents.

 

7- La préparation au mariage doit honorer et soutenir les couples qui s’efforcent de répondre pleinement aux attentes de leur foi et de l’Eglise : vie harmonieuse et habituelle en Eglise, prière, célébration des sacrements,  absence de cohabitation, de don réciproque dans la chair, etc.… Il ne faut certainement pas désigner des « bons » et des « mauvais», mais manifester que les choix faits avec l’Eglise sont sources de bonheur. Le respect de tous ne doit pas empêcher ce témoignage. L’Eglise le considère toujours comme primordial et fondamental.

 

8- Le sacrement de mariage vécu par chaque couple est une richesse attendue par toute l’Eglise et pour toute l’Eglise. Dieu compte sur eux pour donner des signes sensibles et concrets de son propre Amour pour l’humanité.

 

9 – Il est judicieux d’expliquer aux fiancés que pour la célébration, il n’est pas nécessaire d’entretenir la nostalgie du mariage des grands-parents. Il faut évoquer les contraintes, dues à la diminution du nombre des prêtres. On peut progressivement éveiller à une conception plus ecclésiale de la célébration du sacrement de mariage. Là encore, si, par exemple, la grande majorité des couples ne sont pas prêts à « partager  leur célébration » avec d’autres, il n’est pas impossible, avec quelques-uns et petit à petit, d’attaquer une citadelle !

 

10- Enfin, il y aura toujours une solution, même si elle comporte des exigences pour les fiancés, d’une part,  pour les communautés, d’autre part !

 

+ Jean-Paul JAEGER

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