Qu'as tu fait de ton frère ?

Lettre N°03 - Eglise d'Arras

CEF CEF  L’histoire retiendra peut-être un curieux concours de circonstances : L’abbé Pierre est décédé au moment où s’engage dans notre pays une campagne électorale. Le rapprochement peut étonner et pourtant  ! ! !  Le préféré des Français s’était fixé une fois pour toutes une ligne de conduite. Il avait pris le parti des mal -logés et des plus petits. Avec toutes les audaces qu’autorisait son désintéressement, il a frappé aux portes souvent fermées de celles et de ceux qui détenaient une parcelle de pouvoir. Chaque fois que les circonstances l’exigeaient, il rappelait cette exigence fondamentale de l’humanité : l’être humain a droit à un toit et à la dignité.

 

            Aujourd’hui, à coups de gros moyens financiers, matériels et médiatiques, le catalogue des promesses et des engagements prend du volume au fur et à mesure des discours et des voyages. Bien malin celle ou celui qui peut discerner dans cette chasse à l’électeur l’esquisse d’un programme cohérent, chiffré et rapporté au quinquennat. Les projets évoluent au jour le jour et peuvent se résumer en une formule usée par le temps et la répétition : « faîtes-moi confiance et vous verrez ce que vous verrez ! » Un parfum de déjà vu et déjà entendu flotte dans l’air.

 

            Prétendre que bâtir un programme électoral en 2007 est chose facile relève de la démagogie. Nos concitoyens peuvent cependant attendre de chaque candidat qu’il définisse et affirme de façon claire les principes et les valeurs sur lesquels reposera son programme. Notre société a besoin d’objectifs précis. Elle attend un sens de l’être humain.

 

            L’Eglise n’a pas vocation à imposer une vision de l’homme. Elle ne peut cependant pas, au nom de la Parole de Dieu dont elle vit, de son expérience et du rôle qu’elle a joué au cours des siècles taire les richesses qui l’habitent et la font vivre.

 

            Le Conseil Permanent de la Conférence des évêques de France reprend et propose quelques éléments du trésor de l’Eglise et invite les fidèles et tous ceux qui voudront bien s’y intéresser à l’explorer à nouveau. « Qu’as-tu fait de ton frère ? » Cette interrogation posée très tôt par Dieu face à la fureur homicide qui semble apparaître en même temps que l’homme pose une question radicale. Elle peut orienter notre réflexion et nos choix en des temps où la fraternité est trop souvent subordonnée à l’intérêt des individus et des groupes.

 

            Faisant retentir cette question dans la vie familiale, dans la gestion de l’emploi et dans l’accueil de l’étranger, les évêques choisissent de mettre l’accent sur des points sensibles. La manière de traiter le frère en ces domaines exprimera certainement des choix de société dont il n’est pas possible de faire l’économie.

 

            Nous l’avons bien compris. Ces rendez-vous avec des questions susceptibles de fâcher ne constituent pas une simple diversion pour agrémenter une campagne électorale. Ils méritent notre attention et nos engagements  à cause de Jésus et au nom de l’Evangile.

 

Ton frère Ton frère              Avec mes frères évêques, je n’insisterai jamais trop pour que s’organisent, notamment pendant le temps du carême,  dans les communautés, les paroisses, les groupes, les quartiers, les villages, les équipes, les mouvements, des rencontres, des partages. Il ne s’agit pas de faire campagne en faveur d’un candidat ou d’un autre, mais de percevoir et promouvoir l’être humain tel qu’il apparaît ou disparaît dans des attentes, des propositions, des requêtes  .

 

            De tels partages peuvent aider  à dépasser les intérêts immédiats et les revendications catégorielles pour oser parler du bien de tous et de l’implication de chacun dans la croissance de l’humanité.

 

            Le courage de l’Evangile ne sera pas de trop pour ne jamais sacrifier une vie à une autre. Nous savons ce qu’il en coûte de croire qu’il existe de bonnes raisons de déroger à ce précepte de l’Amour. Dès qu’un homme a porté atteinte à la vie de son semblable, il s’est condamné lui-même à souffrir de s’entendre interpeller : « Qu’as-tu fait de ton frère ? »

 

                                                                       + Jean-Paul JAEGER
 
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   A cet effet, on aura intérêt à utiliser le n° 11/2006 de Documents Episcopat intitulé « perspectives pour une société juste et fraternelle. »

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