2008 Tracer des chemins de proximité

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L’homme affairé court sans cesse, à la recherche d’un  temps à consommer. Il sera comblé puisqu’en 2008, à la faveur d’une année bissextile, une journée supplémentaire est mise à sa disposition !

 

La multiplication des moyens de communication a curieusement rempli le temps jusqu’à saturation. Par le téléphone portable, l’Internet, il devient possible – du moins le proclame-t-on – de vivre tous les événements en temps réel, c’est-à-dire à l’instant même où ils se produisent. Toute acceptation de délais range immédiatement leurs demandeurs dans le camp des ringards. 

 

Nous sommes loin de l’époque où une maman s’intéressait, à la moindre sortie de ses enfants, de la fermeture du manteau ou de la propreté des mains. Rien n’est plus urgent que de savoir, aujourd’hui, si le petit chéri a emporté le téléphone cellulaire ou l’ordinateur portable. Il n’est plus question de lui recommander d’être poli avec le monsieur, il convient plutôt de lui répéter deux ou trois fois : « Tu n’oublieras pas de m’appeler sur la route et dès que tu seras arrivé ! »

 

Pour être plus prêt et plus proche, il devient indispensable d’avoir l’écouteur enfoncé dans l’oreille et l’œil rivé sur l’écran. C’est fou, les informations que l’on peut glaner et les connaissances que l’on peut faire. On ne s’ennuie plus. Quel régal de pouvoir dialoguer avec un ingénieur chinois, un agriculteur brésilien, un commerçant hindou. Il est moins exotique mais tout aussi vital d’entendre dans toute une rame de T.G.V. : « Le train vient de démarrer. A plus ! » Dire qu’il y en a encore qui croient que la proximité, c’est à côté !

 

Usager pour mon confort personnel et dans l’exercice de mon ministère des moyens modernes de communication, je serais malvenu de les décrier. Ils rendent trop de services pour être snobés. Cependant, il est difficile de ne pas constater que d’excellents instruments peuvent se transformer en redoutables tyrans d’esclaves consentants.

 

Communiquer devient une fin en soi. Le contenu n’a plus qu’une importance secondaire. Comment pourrait-il être valorisé puisqu’il sera immédiatement condamné à l’oubli par un nouvel acte de communication ?

 

Nous ne sommes plus à l’époque où proche était systématiquement synonyme de voisin. Il n’est pas rare d’habiter des maisons mitoyennes et de ne jamais se rencontrer. Un jeune peut se sentir plus proche d’un coéquipier d’un club sportif dont le siège est à vingt kilomètres de chez lui que d’un copain de classe qui a bien d’autres centres d’intérêt que les siens. La notion de réseau l’emporte de plus en plus sur la localisation géographique.

 

L’espace n’est plus habité de manière univoque et homogène. Les anciens d’un village ou d’un quartier savent bien que de nouveaux venus peuvent avoir à l’égard de la population des attentes très différentes. Ce qui était naguère l’enracinement d’un individu se transforme en enracinements successifs ou concomitants.

 

Aux habitants du Pas-de-Calais, je souhaite de prendre en 2008, le temps de la proximité. Non, il ne s’agit pas de faire machine arrière et de renier l’histoire, les mouvements des personnes  et leurs  évolutions. Il faut sans doute repenser la proximité, l’adapter aux mutations culturelles.

 

Je ne peux ni ne veux croire que la proximité peut faire l’économie de contacts personnels avec des êtres de chair  et de sang qui se rencontrent, se croisent, s’accueillent, se parlent. Elle rassemble des visages, unit des cœurs, suscite des entreprises, promeut des services.

 

Il ne sert à rien d’humain de bavarder pendant des heures avec un étranger par téléphone ou ordinateur interposé, s’il devient impossible de dire quelques mots, d’esquisser un sourire, d’offrir quelques minutes pour parler de la pluie du beau temps, lors de multiples rencontres convenues ou fortuites qui parsèment une journée. Il ne faudrait pas que l’Africain devenu un ami grâce au net devienne soudain un indésirable quand il a l’audace d’attendre sur notre littoral en formant l’espoir – pas toujours vain – d’un avenir possible sous d’autres cieux !

 

Perdre un peu de temps, c’est peut-être en gagner beaucoup ! Dieu ne nous dit pas autre chose lorsqu’Il se fait proche de nous, en son Fils Jésus-Christ. Allez, nous avons 24 heures de plus en 2008, pour nous mettre à son école.

 

Bonne et excellente année !

                                                                                   + Jean-Paul JAEGER

 

 

Article publié par E.H. Communication Diocèse • Publié • 2590 visites

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