L'enfant de Noël

 

 Eglise d'Arras 2008-21
 
église grecque orthodoxe de Bethléem Nativité, détail,  
église grecque orthodoxe de Bethléem
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 Dans son billet d’humeur habituel, un journaliste local de notre quotidien régional se plaignait récemment, à sa manière, de l’anticipation généralisée de la célébration de Noël. Il avait la tête farcie des chants et cantiques dont les mélodies, plus ou moins élégantes, diffusées en boucle sous les fenêtres de son bureau. Je veux bien croire que la répétition inlassable de « Douce nuit », « Mon beau sapin » et « Il est né le Divin Enfant » ne stimule pas forcément les neurones d’un chroniqueur chargé d’informer les Arrageois des faits, gestes et paroles qui forgent leur présent et leur avenir !
 
Dans Noël, il y a le meilleur et le pire. La tradition a son beau côté. Il est heureux qu’à date fixe, des hommes et des femmes de tous les continents se préoccupent de rassembler parents et amis, savourent la joie des retrouvailles, prennent le temps nécessaire pour resserrer les liens familiaux, retrouvent les bienfaits du partage et de l’accueil.
 
Si les enfants sont choyés, les adultes redécouvrent que, bardés de leurs certitudes, ils ont toujours besoin de redevenir des petits en humanité. Il ne saurait être question de montrer du doigt les commerçants qui attendent avec une certaine impatience le mois de décembre. Ils ont bien le droit de recevoir les fruits de leurs efforts et de leur travail. L’Église, elle-même, ne regrette pas la joyeuse effervescence annuelle qui plonge ses racines dans un événement dont elle voudrait livrer, aujourd’hui encore, la pleine signification : La naissance de Jésus de Nazareth, le Fils de Dieu.
 
La célébration de Noël est, hélas, victime, au moins dans notre culture, d’un étrange détournement. La société s’approprie progressivement une réalité religieuse qu’elle vide, au fil du temps, de son sens premier pour en faire l’élément d’un culte civil. Ladite société n’a plus besoin, du moins le pense-t-elle, de Dieu, de la foi, de l’Église pour assurer sa cohésion. Il lui est, cependant, encore utile de remodeler l’héritage à sa façon pour offrir à ses membres le cadre, les structures et la cohésion qui leur sont indispensables pour vivre ensemble.
 
Nous avons gardé la crèche, mais nous en avons délogé le Fils de Dieu. Les ors, les paillettes, la lumière, la neige et les décorations ont façonné un mythe utile aux orphelins de la foi, ils ont relégué au rang de l’accessoire et du facultatif la foi en une naissance qui annonce le salut du monde.
 
Dieu se fait humble, petit et faible. Il quitte les régions de la force, de la domination et de la puissance pour épouser, à l’exception du péché, la condition humaine. Dieu devient infiniment vulnérable. Au jour de Noël, la milice céleste annonçait la Bonne Nouvelle. Elle recevra, plus tard, en écho, les cris de la foule : « Crucifie-le, crucifie-le ! »
 
Grands et petits vont à nouveau s’émerveiller devant la splendeur des crèches de nos églises et de nos maisons. L’émotion et l’affection ne doivent pas nous arracher à une rude réalité. Dieu est venu jusqu’à nous pour rejoindre l’humanité dans ses souffrances, ses blessures et ses peurs. L’étable de Bethléem est aujourd’hui le lieu de rendez-vous de celles et de ceux qui attendent et espèrent la rédemption de leur propre humanité et de celle de leurs semblables.
 
Ouvrir les cœurs, les mains et les portes au moment de Noël n’engendre pas simplement l’apaisement annuel de la conscience. Il n’est pas de reconnaissance possible du Verbe incarné sans ce passage obligé qui nous révèle la nature même de Celui qui est venu chez les siens. 
 
Personne ne nous reprochera d’être, à nouveau, saisi par l’étrange mystère de la crèche. Il risque toutefois de s’évanouir avec la rapidité d’un rêve si nous ne savons pas reconnaître le Fils de Dieu dans le voisin isolé, l’adolescent déprimé, le migrant ignoré, l’étranger refoulé, le malade angoissé, la famille disloquée, l’épouse abandonnée.
 
Nous n’avons pas à nous excuser de faire la fête. Nous devons simplement ne pas nous tromper de fête. Tant pis, si nous avons pour un moment encore les oreilles rabattues de paroles et de musiques qui nous arrachent à nos très sérieuses préoccupations. Quand elles se seront tues, le 26 décembre, l’aventure de Noël débutera vraiment. Sera-t-elle chemin d’espérance, de paix et de fraternité ? Est-ce bien le Fils de Dieu que nous aurons accueilli ?
 
              Beau et bon Noël !
 
 
 
 
 
                                                                                      + Jean-Paul Jaeger.
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