Un trésor pour 2009

 Les feux de l’année 2008 se sont éteints. Elle a été marquée par des faits et des paroles qui feront date dans l’histoire du monde, de notre société, de l’Église, de nos groupes, de nos familles et de nos personnes.

 

                  Regarde ton frère ccfd Regarde ton frère ccfd   Nous rendons grâce à Dieu pour tous les événements qui ont annoncé la paix, rapproché les peuples, réveillé une conscience commune de notre appartenance à la même famille humaine.

 

                  Nous n’oublierons pas la mission qu’a remplie notre pays en présidant, pendant six mois, aux destinées de l’Union Européenne. Nous avons vibré à l’unisson des États-Unis d’Amérique qui, pour la première fois, viennent d’élire un président de couleur à la tête de leur fédération. Nous avons pleuré la disparition de Sœur Emmanuelle qui a réchauffé tant de cœurs et rendu l’espérance à une foule d’humbles et de petits.

 

                  Les pèlerins du Pas-de-Calais, fidèles à leurs devanciers, se sont rendus plus nombreux qu’à l’ordinaire en pèlerinage à Lourdes à l’occasion du 150ème anniversaire des Apparitions. Fidèles et pasteurs n’ont pas cessé de s’interroger sur la nécessaire adaptation de l’annonce de l’Évangile et de la transmission de la foi dans un contexte social et culturel complètement modifié.

 

                  Nous retiendrons, bien sûr, les bouleversements économiques et financiers qui, de façon cruelle et brutale, ont révélé la fragilité des fondements sur lesquels les plus puissants et les plus riches pensaient pouvoir faire reposer durablement les relations et les équilibres à la surface de la terre. Cette crise a montré que les mécanismes de la production, du commerce et de l’argent ne constituent, en fait, que des colosses au pied d’argile. Leur ébranlement engendre, en bien des points du globe, la crainte de la fermeture d’entreprises, de la récession.

 

                  Nous pouvons redouter qu’à nouveau, la vie soit plus dure pour de nombreux habitants du Pas-de-Calais. La fragilisation du tissu économique entraîne trop de dégâts sociaux et humains.

 

                  Nous devons mentionner, une fois de plus, la situation dégradante et indigne dans laquelle sont enfermés de nombreux migrants qui traversent notre département ou y stationnent dans l’attente d’un hypothétique passage en Angleterre. Quelles que soient nos convictions et nos approches de la politique migratoire en Europe et dans notre pays, nous ne pouvons pas faire comme si des hommes, des femmes et des enfants appartenaient à une sous-catégorie de l’humanité et pouvaient ne pas être reconnus dans leurs aspirations minimales au gîte, à la nourriture, à l’hygiène, à la santé.

 

                  Nous ne pouvons qu’encourager et soutenir les responsables politiques, les militants associatifs, les bénévoles et toutes les personnes de bonne volonté qui s’efforcent de contre-carrer les effets d’un immense gâchis dont, il faut bien le reconnaître, les origines sont lointaines et les racines profondes. Ils ont aussi besoin de nos bras et de notre sens du partage.

 

                  2009 ne doit pas être l’année de la résignation ou du désespoir. La planète devient progressivement le salon de chacun. Il n’y a aucune raison que ne s’y rencontrent plus d’hommes et de femmes de bonne volonté pour affronter les problèmes qui se posent à l’humanité entière. Encore faut-il que cette humanité ait le courage et l’audace de changer ses logiciels de référence.

 

                  Disons-le tout net, si les choix et les décisions, dans notre pays et ailleurs, amplifient le jeu de la manipulation de l’homme par l’homme, notre humanité n’a pas beaucoup d’avenir devant elle. Osons dire que certains choix donnent du grain à moudre à toutes les formes de pouvoir, accréditent l’idée que des êtres humains valent plus et mieux que d’autres, qu’une catégorie peut être sacrifiée à une autre.

 

                  Au cours des siècles, au risque de paraître conservatrice et passéiste, l’Église a toujours pris la défense de l’être le plus faible, le plus fragile, le plus marginal. Cette attitude ne condamne absolument pas la science, la technique, la créativité et les évolutions. Sage observatrice de l’humanité et de son développement, l’Église sait - mais elle n’est pas seule à le savoir - que quand un être humain s’arroge des droits sur un autre, fût-il à l’état embryonnaire ou touché par la dégradation physique et mentale, la porte est ouverte à tous les conflits, à toutes les haines, à toutes les guerres et à toutes les folies. Une société est en danger lorsque son credo se décline en gagner plus, dépenser plus, consommer plus, dominer plus, exploiter plus, manipuler plus.

 

                  Dans les premiers jours de cette année 2009, nous sommes appelés à un effort collectif de lucidité. Lorsque des valeurs s’effondrent, notre humanité a rendez-vous avec elle-même. Elle doit redécouvrir en elle les vrais trésors et les vraies richesses. Le rêve d’un pouvoir illimité s’évanouit. Il est temps de comprendre que l’avenir passe par la juste relation des êtres humains à la nature, la juste relation de chaque personne à elle-même, la juste relation des individus entre eux. Nous ne pouvons pas, par exemple, accepter qu’au fil du temps, les êtres humains ne se perçoivent plus qu’à travers les images de caméras de surveillance qui prolifèrent pour des multiples raisons. Que pouvons-être vivre et être ensemble si je surveille, tu surveilles, nous nous surveillons ?

 

                  Je souhaite tout simplement mais fortement qu’au long de l’année 2009, nous ayons ensemble le désir de rencontrer toujours et partout des êtres de chair et de sang sans les sélectionner, sans les trier, mais en les accueillant parce qu’ils sont des frères que Dieu nous donne et avec lesquels tout près de nous ou au loin, nous désirons ardemment construire la famille dont notre foi nous dit qu’elle est celle des enfants de Dieu !

 

                  Sous la plume d’un évêque ces vœux sont d’une banalité à faire pleurer. Plaise à Dieu qu’ils nous réservent des larmes de joie et de bonheur ! 

 

Bonne et belle année 

 

 + Jean-Paul JAEGER.

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