Homélie de la messe chrismale

Eglise d'Arras n° 8- avril 2009

Cathédrale de Saint-Omer  
 

L'assemblée des prêtres et diacres Messe chrismale  
L'assemblée des prêtres et diacres
L'assemblée des prêtres et diacres
   En clôturant, vendredi dernier, l’assemblée plénière de la Conférence des Évêques de France, le Cardinal André Vingt-Trois, son président, déclarait : « Le Christ ne s’est pas présenté pour rallier les opinions majoritaires ou se conformer à la pensée correcte de son temps. Il est venu pour dévoiler une ambition plus haute : appeler les pécheurs à la conversion et à la sainteté.»

 

Lire l'évangile de Marc Semeur - Marc  
Lire l'évangile de Marc
Lire l'évangile de Marc

 

Celles et ceux qui, parmi nous, ont constitué depuis le mois de septembre dernier, à travers tout le diocèse, de multiples maisons d’Évangile comprendront de façon particulière, avec Saint-Marc, la formule qu’ajoute le Cardinal : « Cet appel scandalisait ceux qui se croyaient justes dans leurs certitudes et qui prétendaient savoir ce qui est bon pour l’homme. Il faisait bondir de joie ceux qui étaient guéris et pardonnés et les entraînait sur les chemins exigeants de l’Amour.»

 

 Au cours des mois écoulés, de façon tout à fait insolite, nous avons senti trembler sous nos pieds le sol de l’Église. Plusieurs événements l’ont soumis au feu roulant des critiques de l’opinion publique. À l’intérieur d’elle-même, elle a été interrogée dans sa mission et son fonctionnement. Elle a bien senti que se grippaient des mécanismes qui semblaient, pourtant, assurer, depuis des siècles, l’harmonie des relations entre ses membres.

Il est sans doute encore trop tôt pour tracer, dans ces soubresauts, la ligne de démarcation entre les justes attentes, le légitime désir de compréhension, les bénéfiques remises en question et les assauts d’intérêts et de groupes qui n’en demandaient pas tant pour tailler des croupières à une institution et à ses responsables dont la parole gêne et dérange.

 

 

 

Plateau d'Assy - Rouault La flagellation  
Plateau d'Assy - Rouault
Plateau d'Assy - Rouault
Lorsque Jésus vient à Nazareth
, Il proclame la nouveauté de sa mission. Il ne s’agit plus de répéter ce qu’ont annoncé les prophètes ainsi que toute la tradition et la sagesse de son peuple. Il est venu accomplir. Pour Lui, débute une redoutable aventure. Très vite, des auditeurs vont être gagnés par la persuasion de son langage, la pertinence des signes qu’Il donne, la rectitude de ses jugements et de son attitude.

Pourtant, avec la même immédiateté, le Christ est critiqué, récusé et condamné parce qu’Il bouscule les prétentions et les pratiques d’un discours religieux judicieusement mis au point et utilisé par une caste qui sait en retirer tous les profits. Oui, il y a déjà jusque dans la prédication de la loi et la codification du culte, une pensée correcte dont il est imprudent et scabreux de se démarquer.

 

Bénédiction du Saint-Chrême Messe chrismale  
Bénédiction du Saint-Chrême
Bénédiction du Saint-Chrême
Pour avoir osé bousculer un ordre si bien établi au nom du projet d’Amour de Dieu sur tous les hommes, au nom d’une conversion plus importante et vitale, Jésus, marchera jour après jour, sur le chemin qui le conduira au Calvaire.

C’est pourtant, selon l’enseignement de l’Apocalypse : « À Lui qui nous aime, qui nous a délivrés de nos péchés par son sang, qui a fait de nous le Royaume et les prêtres de Dieu son Père » que reviennent la gloire et la puissance.

 

Frères prêtres, c’est bien à ce Christ-là, pas à un autre, que, dans quelques instants, vous redirez votre attachement et votre fidélité. Vous n’êtes pas seuls. Le peuple de Dieu tout entier, les diacres, les religieux, religieuses et tous les consacrés s’engagent et servent avec vous.

Laissez-vous guider par la maternelle prévenance de l’Eglise qui s’est exprimée dans une longue histoire, tellement bien récapitulée dans la démarche et les textes du dernier concile œcuménique Vatican II. Il fait, dans sa totalité, partie intégrante, incontestable et incontournable de la Tradition. Nous ne le répéterons jamais assez.

 

Vous savez, cependant, que pour faire bondir de joie ceux qui sont guéris et pardonnés, vous emprunterez avec le Fils de Dieu Lui-même les chemins exigeants de l’Amour. Cette voie unique, il faut le redire aujourd’hui solennellement, ne fera jamais l’économie de la passion et de la croix. Il n’est pas d’autre route qui mène au bonheur, à la vie et à la liberté du matin de Pâques.

 

De lourdes et de graves questions se posent aujourd’hui à nos Les urnes Messe chrismale  
Les urnes
Les urnes
contemporains, notamment les plus jeunes. Même si les inégalités entre les peuples, les groupes et les personnes sont flagrantes et croissantes, les individus que nous côtoyons et vers lesquels notre ministère nous envoie, ont évolué et grandi dans une société qui idolâtre la performance et la réussite.

 

Chacun affronte les épreuves d’un étrange concours dont les règles se précisent et s’affinent au cours du temps. Pour remporter la compétition, il faut gagner plus, paraître plus, conquérir plus, briller plus, parler plus, séduire plus, tromper plus, se vanter plus. Dans une telle course, il est suicidaire de ne pas se méfier de tout et de tous, de ne pas se protéger à tous les sens du terme, d’éliminer celles et ceux qui ralentissent la marche parce qu’ils sont trop petits, faibles et pauvres pour participer à cette étourdissante ronde avec tout le monde et comme tout le monde.

 

La grande opinion ne pardonne pas à l’Église de prendre ses distances et de dénoncer un tel divertissement qui dégénère, tôt ou tard, en danse macabre. Mais la même Église, au nom du Christ, ne renoncera jamais à en aimer tous les danseurs, quels qu’ils soient. Ils sont les frères de Jésus Christ, venu les aimer passionnément jusqu’au don de sa propre vie. Il ne juge pas, Il ne condamne pas. C’est par l’Amour qu’Il change le cœur, qu’Il guérit, qu’Il relève. C’est par l’Amour qu’Il redonne la confiance et la paix et transforme les compétiteurs en enfants du même Père réuni dans une même famille.

 

L’Eglise doit et peut parler haut et fort, au risque de l’incompréhension, de la dérision, de la persécution. Sa parole montre la route qui mène plus loin et plus haut. Cependant, une Eglise qui ne saurait pas, en même temps, donner les signes de l’amour et en promouvoir les gestes ne pourrait que se taire. Elle se condamnerait elle–même.

Mes amis, si ces temps derniers, nous avons été, un moment, saisis par le doute, nous revenons, si tant est que nous l’ayons perdu de vue, au cœur même de notre foi, de nos engagements, de notre ministère : Le Christ mort et ressuscité. Il est mort parce qu’Il a aimé jusqu’au bout et sans compromission.

Comment pourrions-nous nous imaginer un seul instant être ses disciples et atteindre le même but sans connaître le même abaissement, le même renoncement, le même rejet, la même incompréhension ?

 

Toutes les tentatives qui, au cours de l’histoire, ont cherché à rendre soluble le message évangélique dans les cultures dominantes, ont abouti au même résultat. La Parole s’est affadie, le feu et la lumière de l’Église se sont affaiblis avant, parfois, de s’éteindre.

 

sculpture du 13ème siècle, cathédrale de Saint-Omer Le grand Dieu de Thérouanne  
sculpture du 13ème siècle, cathédrale de Saint-Omer
sculpture du 13ème siècle, cathédrale de Saint-Omer
  Vivre le mystère pascal du Christ
ne nous appelle nullement à reconquérir le terrain perdu, à imposer une idéologie dite chrétienne, à régenter les mœurs ou nous glorifier d’un nouveau triomphalisme. Vivre le mystère pascal demande, aujourd’hui, à l’Église, humble et pauvre, d’entretenir le foyer ardent qu’a allumé en elle le Fils de Dieu qui, jamais, n’a renoncé à aimer.

Quand il le voudra, comme il le voudra l’Esprit de Dieu assurera la conversion et donnera la sainteté ! L’une et l’autre nous sont déjà offertes dans les sacrements qui sont célébrés. Certains utilisent l’huile des malades et l’huile des catéchumènes que nous allons bénir, le Saint-Chrême qui va être consacré.

 

La crise économique et sociale qui ébranle les grands systèmes mondiaux a déjà fait des ravages chez nous, près de nous, comme en bien d’autres lieux de la planète.

Des hommes et des femmes, des jeunes, sont durement touchés dans leurs capacités et leurs projets. Ils sont privés des moyens élémentaires d’assurer leur quotidien ou de construire leur avenir. D’autres, hélas, si l’on en croit les prévisions d’experts, vont partager cette douloureuse condition. Là encore, la compétition risque d’être rude.

 

Nous avons déjà perçu et nous découvrirons encore la fragilité des institutions humaines qui font payer aux plus démunis et aux moins aguerris, la folie et l’aveuglement de ceux qui ont misé sur le seul intérêt.

 

Chapelle de Zuydcote (F-59) Croix portée par le ressuscité  
Chapelle de Zuydcote (F-59)
Chapelle de Zuydcote (F-59)
La Parole et les gestes d’Amour
, qu’il nous faut susciter et dont nous devons témoigner, ne peuvent pas relever de la simple consolation ou de la fatalité. Il n’y aura pas de changement de l’ordre du monde sans la transformation et la conversion du cœur des hommes.

Les querelles internes à la vie de l’Église, le débat sur sa place dans la société deviennent soudain dérisoires et presque mesquins au regard des souffrances et des épreuves qui deviennent plus criantes et traumatisantes quand se ferment les portes des usines, quand les familles sont déstabilisées, quand les frontières se verrouillent devant les étrangers, quand la peur du lendemain paralyse les initiatives.

 

Amis, battue par la tempête, notre pauvre Église, notre chère Église est là pour proclamer avec son Seigneur : « L’Esprit du Seigneur est sur moi parce que le Seigneur m’a consacré par l’onction. Il m’a envoyé porter la Bonne Nouvelle aux pauvres, annoncer aux prisonniers qu’ils sont libres et aux aveugles qu’ils verront la lumière, apporter aux opprimés la libération, annoncer une année de bienfaits accordés par le Seigneur. »

 

Chancelante à bien des égards, toujours plus fragile, l’Eglise reçoit en partage le mystère de la mort et de la vie du Fils de Dieu, incroyable mystère d’Amour. Même dans la tempête, elle est sûre et forte de la victoire de Celui qui est sorti vivant du tombeau. Ainsi, elle ose proclamer : « Cette Parole de l’Écriture que vous venez d’entendre, c’est aujourd’hui qu’elle s’accomplit. » Quelle audace, mais quelle espérance !

 

+ Jean-Paul JAEGER.
 

Article publié par E.H. Communication Diocèse • Publié • 3494 visites