Des fraternités de prêtres

Eglise d'Arras n°12

Fraternité de prêtres Fraternité de prêtres   

Les circonstances m’invitent à présider, plus que je ne le souhaiterais, de nombreuses célébrations de funérailles de prêtres. Dans la plupart des cas, nous confions au Seigneur des pasteurs d’un âge avancé, ordonnés dans les années qui ont immédiatement suivi la fin de la deuxième guerre mondiale.

 

A cette occasion, les interventions de confrères ou de fidèles laïcs tracent souvent le portrait de curés, d’enseignants ou d’aumôniers investis dans de nombreuses activités. Elles mêlaient judicieusement la vie sacramentelle, l’éducation, les loisirs, l’investissement social, l’accompagnement. La qualité, la quantité et la diversité des modes de présence des prêtres donnaient, alors, le sentiment d’une grande proximité qui renvoyait spontanément à l’image du bon berger qui connaît ses brebis.

 

Au fil de ces évocations, je comprends la nostalgie de chrétiens qui ont de bonnes raisons se sentir frustrés de la disparition d’un mode visibilité qui couvrait largement des territoires et des réalités sociales. Il avait l’avantage, non négligeable, de favoriser pour les jeunes qui se posaient la question de la vocation sacerdotale l’identification à un ou plusieurs modèles.

Que nous le regrettions ou non, cette façon de vivre le ministère presbytéral dans le cadre du clergé diocésain s’est largement estompée. La retrouverons-nous, un jour ? Dieu seul le sait ! La réalité est là. Il nous faut aider les plus jeunes prêtres à ne pas se culpabiliser de ne pas pouvoir être comme leurs devanciers. Il faut apprendre aux fidèles à se détacher d’un profil obsédant qui les condamne à vivre une insatisfaction chronique.

 

Il ne faut pas davantage que les jeunes prêtres et les séminaristes tentent, jusqu’à l’épuisement, de reproduire des modes de vie et de ministères que certains leur feraient croire immuables et insurpassables.

 

Dans ce contexte de recherche et d’innovation, plusieurs prêtres de notre diocèse ont émis le souhait de vivre leur ministère en fraternités. Par groupes de 2 ou 3, ils vivent ou vivront sous le même toit, partageant la prière, la réflexion, l’accueil. Des fidèles laïcs peuvent être associés, de différentes manières, à leur démarche.

Une première expérience a été mise en place à Aire-sur-la-Lys, une autre a Billy-Montigny. Suivant les besoins du diocèse et des personnes, ces fraternités évoluent. Elles peuvent naître, disparaître, se reconstruire ailleurs et autrement.

 

En septembre 2009, des fraternités seront implantées à Arras, à Lens et à Saint-Pol-sur-Ternoise. Je remercie tous les frères prêtres qui ont permis, par leur propre disponibilité, la mise en place de ces formes de vie plus communautaires. Elles ne constituent pas un modèle que tous doivent imiter. Il n’existe pas une seule forme de vie et d’exercice du ministère des prêtres diocésains. La vie fraternelle prend des visages différents. Certains la pratique dans des sociétés de vie apostolique et des groupes qui leur permettent de partager une même spiritualité. Je me réjouis qu’il puisse être fait droit à cette diversité.

 

Le regroupement de prêtres n’en augmente pas le nombre ! Il ne faudrait pas que des fidèles s’imaginent qu’un prêtre est remplacé par deux ou trois et multiplient d’autant les attentes à leur égard !Trois prêtres, par exemple, reçoivent aujourd’hui la charge de deux paroisses. Ils savent que, sans tarder, ils seront pasteurs pour plusieurs autres paroisses et ils assumeront, dans le même temps d’autres responsabilités. La vie en fraternité organise autrement le labeur des prêtres. Elle ne doit pas bénéficier à quelques fidèles au détriment des autres.

 

L’organisation de quelques fraternités sacerdotales ne constitue qu’un seul aspect des modifications qui affectent, aujourd’hui, le ministère des prêtres. Il ne peut être compris et mis en œuvre qu’en tenant compte d’autres données de la vie de l’Eglise et de sa mission. L’émergence du ministère diaconal, les charges et responsabilités plus nombreuses confiées aux fidèles laïcs permanents ou bénévoles, l’affaiblissement du nombre des communautés religieuses ont des retentissements sur l’art d’être prêtre.

 

Nous ne pouvons pas ignorer que les plus jeunes générations occupent l’espace et le temps selon des modes qui diffèrent sensiblement de l’enracinement de leurs aînés. L’annonce de l’Evangile ne peut pas rester étrangère à la mobilité qui caractérise l’existence sociale, professionnelle et personnelle.

 

Ces quelques considérations nous conduisent à entrer résolument dans l’année sacerdotale proposée par le pape Benoît XVI. Nous mesurons l’ampleur de la recherche. Nous la confions à l’Esprit Saint. Qu’il assiste nos prêtres et leur garde foi, joie et enthousiasme. Qu’Il suscite dans les familles des catholiques du Pas-de-Calais la généreuse réponse de jeunes à tout appel à devenir ministre de Jésus, le Christ !

 
+ Jean-Paul JAEGER
 

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