Belval - Au revoir à la commununauté

Eglise d'Arras N°16

Belval - Messe d'adieux Belval - Messe d'adieux   Il est difficile et douloureux de fermer un monastère. Cette épreuve atteint d’abord les moniales qui, un jour, se sont solennellement engagées à y vivre de façon stable. Il ne s’agissait pas pour elles de choisir un domicile dont elles ne changeraient pas, mais de constituer une communauté qui, de façon permanente, donnerait le signe du Règne de Dieu déjà présent mystérieusement au cœur du monde, mais dont nous attendons, dans la foi la pleine révélation.


Durant 118 ans, ce témoignage a été rendu selon la règle de Saint Benoît dans ce val du Ternois qui a servi de discret écrin à l’abbaye Notre Dame. Elle y avait humblement enfoui ses tours et ses bâtiments. Il n’est pas difficile d’imaginer le nombre de fidèles, de pèlerins, de retraitants de visiteurs et de curieux qui, pendant plus d’un siècle, sont venus chercher ici la lumière, la paix, le réconfort et l’espérance, une oreille et un cœur attentifs, un simple conseil.


Ils sont venus affronter les questions et les chocs de la vie, se laisser porter par la prière liturgique, la célébration de l’Eucharistie. Ils ont découvert que le silence pouvait être riche d’une présence qu’ils ne soupçonnaient pas ou à laquelle ils étaient devenus insensibles.
Ces hommes, ces femmes, ces jeunes ont partagé un trésor dont ils méconnaissaient ou avaient perdu la valeur, cherchant le leur au gré de leurs connaissances, de leurs techniques, de leur position sociale, de leur influence, de leurs biens, de leurs passions.


A coup sûr, elle nous manquera, cette communauté dont les membres au nom de Jésus-Christ et de son Evangile avaient accepté de tout quitter pour embrasser la pauvreté, la chasteté et l’obéissance en suivant les sages mais austères conseils de leur Père Saint Benoît. Certains diront que ces valeurs ne sont plus au goût du jour et qu’il ne faut pas s’étonner si de plus jeunes filles ne sont pas venu prendre la relève des générations de moniales qui se sont succédé en ces lieux.


D’une certaine manière, c’est ce que veut le bon sens. Mais comment expliquer alors, et les sœurs peuvent en témoigner, que lorsque d’autres valeurs plus prisées et reconnues engendrent l’insatisfaction, la déception, voire le drame, c’est ici et auprès de ces femmes que les déçus et les blessés viennent demander l’aide, la guérison, le courage et la force d’affronter l’avenir ?
Oui mes sœurs votre présence, votre accueil, votre disponibilité nous feront défaut, mais nous serons surtout privés du mystère qui vous habite et dont vous étiez ensemble le signe sur cette terre du Pas-de-Calais. Il vous serait sans doute difficile à vous-mêmes de mesurer et d’estimer tout ce que vous avez apporté au sein de notre Eglise locale et bien au-delà d’elle-même.
Pas plus que Dieu ne le fait, il ne vous intéresse de comptabiliser et d’estimer. Vous savez, nous savons, cependant que, par vous, l’Esprit Saint a enraciné la Parole de Dieu, l’amour sauveur du Christ dans le cœur d’une multitude de frères humains qui ont fait l’expérience d’une rencontre, de retrouvailles avec leur Seigneur ou de l’entretien permanent de la relation avec lui.
Notre diocèse a réaffirmé, il y a un an sa volonté d’annoncer l’Evangile et d’adapter la démarche catéchétique à une société et une population qui, beaucoup moins que leurs aînées, sont nées et ont grandi dans le giron de la foi chrétienne, de l’Eglise catholique et de son enseignement. Cette prise de conscience constitue un véritable choc pour nos pratiques, nos habitudes, nos organisations.


Le 10 octobre 2010, j’ai remis le premier exemplaire de notre projet d’évangélisation et de catéchèse à une religieuse contemplative. C’est dire, mes Sœurs, que nous comptions et comptons encore sur vous pour l’évangélisation et la catéchèse dans le diocèse. Fort heureusement, la prière défie les kilomètres et Igny ne se trouve pas au bout du monde. Vous resterez proches d’un million et demi d’hommes et femmes qui ont habité vos jours et vos nuits puisqu’ils étaient des frères et des sœurs que Dieu vous donnaient à aimer. Vous les aimerez encore !


Vous avez choisi de rendre grâce à Dieu et nous le faisons avec vous en méditant les textes de la Sainte Ecriture que l’Eglise met sur nos lèvres le jour de la fête liturgique de Saint Benoît Labre, lié à votre histoire et à la nôtre. Ces paroles ne constituent pas un testament que vous nous laissez. Elles nous mènent au cœur de ce que fut votre existence et votre mission au milieu de nous. Elles nous invitent à partager encore et toujours ce que Dieu a imprimé au plus intime de vous-mêmes et des sœurs qui vous ont précédées. Le Seigneur a permis que cette parole soit rendue visible par vos personnes et votre communauté. Cette Parole ne passera jamais.
 

Quelles certitudes voulez-vous réaffirmer aujourd’hui ? Vous redites avec le Christ que malgré les apparences contraires, le bonheur a sa source dans la pauvreté de cœur, la douceur, la compassion, la miséricorde, la paix, l’acceptation de l’épreuve au nom du Christ et à sa suite. Il nous faut apprendre à tout perdre pour le Christ, à fonder nos existences sur la puissance de sa mort et de sa résurrection. Nous ne pouvons pas oublier que par des voies bien étranges qui font parfois traverser les larmes et les peurs, Dieu nous comble de ses bienfaits. Tous et toutes ne sont appelés à gérer leur vie selon la règle de Saint Benoît, mais chacun est invité à tracer dans son histoire les chemins qui donneront corps à ces paroles.


Vous serez désormais, mes Sœurs, un peu plus loin de nous, à peine plus loin. La Parole de Dieu reste prés de nous, en nous. Votre message, votre témoignage ne s’évanouissent pas. Dans une famille, un enfant ne remplace jamais l’autre. Même si la dispersion des Sœurs Visitandines de Saint Martin Boulogne provoque un autre pincement au cœur, nous n’ignorons pas que notre diocèse bénéficie de la présence et du rayonnement des abbayes Notre Dame et Saint Paul de Wisques, d’une communauté de Clarisses, de deux carmels. L’abbaye du Mont des Cats n’est pas loin. De jeunes et nouvelles pousses prennent racines. Je pense, par exemple, aux Petites Sœurs de l’Agneau. Nous ne serons jamais assez reconnaissants aux religieux et religieuses apostoliques encore nombreux dans notre diocèse. L’Esprit Saint est à l’œuvre et Il sait où Il nous conduit !


Au moment où nous vous disons un immense merci, nous ne pouvons pas oublier la responsabilité collective que nous portons dans la germination et l’éclosion des vocations sacerdotales et religieuses. Sans remettre en cause le merveilleux engagement des fidèles laïcs et pour le bien même de cet engagement, nous devons avoir le courage, au risque de l’Evangile et de l’invitation de l’apôtre Paul, d’affirmer que l’Eglise ne fera jamais l’économie de ses prêtres, de ses diacres, de ses religieux et religieuses contemplatifs et apostoliques.


La prière pour les vocations est indispensable. Sait-elle, cependant, demander à Dieu, dans le respect des libertés, d’éveiller à l’appel des enfants de notre famille, de notre village, de notre ville, de notre paroisse, de notre mouvement, de notre communauté, de notre diocèse ? Toute autre forme de prière serait au mieux une démission, au pire une supercherie.


L’expérience a montré que Dieu ne se souciait pas toujours de la géographie : les enfants seront certainement ravis de l’apprendre ! Le diocèse d’Arras, mes Sœurs, ne vous perd pas. Il vous envoie là où Dieu vous attend et nous croyons qu’il sera bon pour nous, selon le dessein que le Seigneur seul connaît, que vous ayez répondu à cet appel.
J’ai pour, ma part, la conviction, mais vous ne le répéterez pas à Monseigneur Jordan, qu’Igny doit faire, un peu, partie du diocèse d’Arras !


+ Jean-Paul JAEGER
 

Article publié par E.H. Communication Diocèse • Publié • 3229 visites