Oser le carême

Eglise d'Arras N°04

jesus_au_desert jesus_au_desert               Les progrès de la science et l’essor de la technique finiraient par nous le faire oublier : l’être humain a besoin de salut. Au risque de paraître, une fois de plus, ringarde et décalée, l’Eglise ose, depuis des siècles, réaffirmer cette donnée fondamentale de notre foi. Nul n’est obligé de croire ce qu’annoncent les Chrétiens ! La famille humaine n’a cependant jamais cessé de s’affronter à ses limites, à ses peurs, à ses doutes et à ses échecs.
            Fort heureusement, ce constat ne dit pas tout de l’homme qui est capable de merveilles et de réussites dans tous les domaines. Le déploiement et le développement de nombreuses capacités ont amélioré la qualité de la vie, les relations entre les peuples, la conquête de nouvelles libertés. La revendication de justice et de dignité a remporté, au prix du sang parfois, des victoires longtemps attendues.
            Ainsi en va-t-il du cœur de l’homme. Ses sentiments sont mêlés. Il tire de lui-même le meilleur et le pire. Les réalisations appelées à le servir et à contribuer au développement de l’humanité peuvent se retourner contre elle et la plonger dans des formes d’esclavage plus sournoises et pernicieuses que les asservissements dénoncés au cours des siècles.
            Tous rêvent de paix. Notre planète n’est jamais parvenue à extirper de sa surface tous les foyers de conflit. Tous veulent l’équité et le droit. Qui ne s’est pas surpris à oublier ou mépriser l’autre pour occuper une place, satisfaire un intérêt, exercer un pouvoir ? Tous acceptent de partager à condition que le voisin fasse le plus gros effort et se montre vraiment solidaire.
            La sagesse nous permet sans difficultés de nous interroger sur les fondements, sur le statut de notre propre humanité. Elle est, à la fois, si belle et si pauvre. Notre foi nous en révèle la réalité.
            Rompant l’alliance avec Dieu, l’homme est marqué par une blessure qui fausse le jeu de ses relations vitales. Refusant le Père, il se place au centre de son existence et de celle des autres. Privé de fraternité, il reconstruit au gré de ses besoins et de ses désirs le visage de ses semblables. De là, naissent la lutte, la division, le rejet, la guerre, le mépris.
           
            Un vain et trompeur sentiment de puissance étouffe et désoriente les plus nobles aspirations. Ces dernières n’atteignent que partiellement leur but. Elles se heurtent à une insatisfaction permanente et laissent échapper le cri du psalmiste : « Qui nous fera voir le bonheur ? [1]»
            Face à un tel désarroi, à cet inachèvement, l’Amour de Dieu, la tendresse du Père se font Salut. Pendant le temps du carême, le Peuple de Dieu médite le Livre de l’Exode et se laisse saisir par le Fils de Dieu qui pour nous est identifié au péché[2]. C’est toujours un don du Père qui libère de l’esclavage, du péché et rend la vie à l’enfant égaré, l’insère dans une authentique vie de famille.
            L’humilité ne constitue pas, tant sans faut, la vertu dominante de l’homme moderne. Il est si sûr de lui, même s’il l’est un peu moins de son voisin ! L’Eglise a l’audace de nous appeler à la conversion. Elle nous supplie de nous laisser réconcilier avec Dieu et avec nos frères[3].
            Chercher la vérité dans la prière, le jeûne et le partage ressemble, aujourd’hui, à de la provocation. Nous osons croire qu’en empruntant ce chemin, nous rencontrerons Celui dont l’amour infini est source de la libération qui renouvelle l’humanité.
            Tout au long de ce carême 2012, une importante campagne électorale déversera ses flots de paroles, de promesses, de critiques, de petites phrases de séductions. Dans un univers très médiatisé, l’emballage et la présentation risquent d’estomper le contenu des programmes et des débats.
            Fils et filles de l’Eglise, nous sommes conviés à ne pas nous laisser éblouir par le charme des formules, des empoignades et des scintillements. Les évêques de France se gardent bien, fort légitimement, de donner des consignes de vote. Ils nous invitent à une profonde réflexion sur le sens et le service de l’être humain que la foi et la raison entendent promouvoir aujourd’hui et demain.
            Pour y travailler, il ne sera pas inutile de prier, de jeûner et de partager. Avec la Parole de Dieu, le document du Conseil permanent de la Conférence des Evêques de France intitulé « Elections. Un vote pour quelle société ? » aidera à nourrir les échanges, à former les consciences et à faire des choix dignes d’enfants de Dieu et de frères et sœurs pour lesquels le Christ a livré sa vie. La conversion passe aussi par là !
 
                                                                                  + Jean-Paul JAEGER


[1] Psaume 4,7
[2] 2ème Corinthiens 5,
[3] 2ème Corinthiens 5, 21.
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