Pâque toujours nouvelle !

Eglise d'Arras n°7-2012

Quel contraste ! Les évangélistes décrivent minutieusement le procès expédié de Jésus, ses souffrances et sa mort. Avec discrétion, ils relatent les manifestations du Ressuscité à quelques privilégiés, à charge pour eux de témoigner de cet événement qui, de façon étonnante, va définitivement bouleverser le cours de l’histoire des hommes.


Une fois de plus, notre logique est prise à contrepied. De quoi peut être convaincu le lecteur de la passion ou le passant qui s’arrête devant un calvaire ? La triste fin de Jésus de Nazareth a le goût de l’échec, de la déception, de l’absurdité. Déjà, pour la foule de Jérusalem si longtemps tenue en haleine par la prédication d’un prophète et les signes qu’il opère, l’aventure finit en impasse. Pourquoi n’a-t-on pas vu le défunt surgir triomphant de son tombeau ? Imaginez le spectacle et la confusion de ses contradicteurs d’hier !
 

La Résurrection est perceptible dans la pénombre d’un jardin où des femmes viennent de bon matin, dans la curiosité de deux apôtres, dans l’intimité d’une table d’auberge, dans la familiarité d’un retour d’une pêche infructueuse, dans la convivialité d’un frugal repas sur la rive de la mer de Galilée, dans l’incrédulité du dernier venu. Elle échappe aux sens. Elle ne s’explique pas, ne se justifie pas, ne se démontre pas. Le Christ ressuscité parle au cœur et éveille la foi.


Depuis les événements rapportés par les Évangiles et les témoins qui ont proclamé la Bonne Nouvelle, vingt siècles se sont écoulés. La foi chrétienne s’est, de manière plus ou moins heureuse et rapide, enracinée ici et là dans le monde. Elle continue à le faire. L’inouï est parfois devenu quotidien, presque banal. Cette accoutumance qui a façonné des cultures, la nôtre notamment, a occulté l’importance et la nécessité de la rencontre et du combat de la foi. Il ne suffit pas d’être des héritiers, de couvrir nos murs de crucifix et de réciter sans hésitation et avec une insoupçonnable sincérité le Credo de l’Église pour être chrétiens.
 

Chaque être humain est appelé à vivre l’expérience des apôtres. Il n’est pas de foi sans contact personnel. Entre le matin de Pâques et la célébration de l’année 2012, l’Église a compté des centaines de millions de croyants, mais au jour du baptême, il est demandé à chaque catéchumène : « Crois-tu ? » Il va bien sûr entrer dans l’Église, devenir membre d’un corps et de quel corps : Celui du Christ ! Il va faire partie d’un peuple et de quel Peuple : Celui de Dieu ! Il faut cependant qu’à la suite de Pierre, il pénètre seul dans le tombeau, qu’il voie et qu’il croie !
Qui osera, en notre temps, proposer à tout frère humain de suivre Jésus dans l’Évangile, de L’accompagner sur le chemin du Golgotha, sur la croix elle-même, de mourir et de ressusciter avec Lui et en Lui ? Et pourtant, nous sommes là au cœur de la foi !


Nous pouvons toujours nous interroger – et il faut le faire – sur les manques quantitatifs qui affectent une Église qui a eu dans notre pays pignon sur rue et dont la glorieuse apparence se lézarde dangereusement. Nous les déplorerons longtemps si nous ne servons pas dans la société d’aujourd’hui et dans les cultures de notre époque, l’annonce du mystère pascal et le témoignage rendu au Christ qui invite tout homme à passer de la mort à la vie.


Le concile Vatican II avait, dans le désir du Bienheureux Jean XXIII, cet objectif. La nouvelle évangélisation, dans la volonté du Bienheureux Jean-Paul II et de Benoît XVI se situe dans cette perspective. L’année de la foi qui s’ouvrira en octobre prochain découle de ces attentes. La démarche Diaconia 2013 concrétise ces appels. La rencontre avec le Christ mort et ressuscité transforme chaque personne, en même temps qu’elle réoriente l’histoire des hommes et de leurs relations. Il nous faut sur cette terre même collaborer, de manière humble, imparfaite et inachevée à l’avènement de ce monde nouveau inauguré par le Christ.


Le labeur humain n’est pas vain. Sa quête de paix, de justice, de fraternité, d’amour souvent contrariée et faussée par le péché trouve dans le mystère de Pâques son accomplissement et sa fécondité.


Au matin de Pâques, Nous ambitionnons spontanément avec Marie-Madeleine de rester à jamais avec Celui que notre cœur aime. Au risque de susciter notre déception, le Christ nous envoie proclamer à tout être humain que les gémissements de la création ne sont plus uniquement des cris de douleur. Ils précèdent le surgissement de la Vie. Le croyons-nous suffisamment pour en vivre, pour le dire, en témoigner, en discerner et en proposer les signes ?


Nourris par la Parole de Dieu, la prière, les sacrements de l’Église, la charité du Christ, nous sommes bel et bien rassemblés, puis dispersés pour évangéliser. Cette mission sera toujours nouvelle !
Alléluia !


+ Jean-Paul JAEGER
 

Article publié par E.H. Communication Diocèse • Publié • 1105 visites