Merci et Bienvenue !

Eglise d'Arras n°15

 Mgr Jaeger Mgr Jaeger              La communauté monastique de l’abbaye Saint Paul de Wisques s’apprête à vivre des heures décisives. Elle est encore relativement jeune puisque les premiers religieux sont arrivés en Morinie en 1889. Ils venaient répondre aux besoins spirituels, sacramentels et liturgiques des sœurs de l’abbaye Notre Dame implantée sur le site que les usagers de l’A 26 repèrent facilement.
            Le petit groupe de moines a vite augmenté en nombre. Son essor et son rayonnement, permirent la constitution d’une abbaye de plein exercice en 1910. Depuis cette date jusqu’à ce jour, 5 abbés dont l’un fut préalablement prieur administrateur et l’actuel  prieur administrateur présidèrent aux destinées de l’abbaye.
            La silhouette du château et les lignes plus contemporaines du bâtiment de briques rouges font partie du paysage qui s’offre aux yeux de l’automobiliste qui va rejoindre le Boulonnais ou emprunter l’autoroute des proches et lointains déplacements.
            Les moines ont progressivement épousé l’histoire et le quotidien de l’Eglise locale. Dans la prière, le silence, la contemplation et le travail, en suivant la règle de Saint Benoît, ils ont pris et prennent toujours leur part de l’annonce de l’Evangile, de la louange et de l’intercession qui montent quotidiennement vers Dieu. Par leur mode de vie personnelle et communautaire, ils rendent témoignage au Christ humble, pauvre, obéissant et chaste. A son école et à sa suite, ils indiquent le chemin du don total de soi par amour. Au milieu de nous, ils sont un signe du Royaume qui vient.
            L’hospitalité monastique ouvre la voie à l’œuvre de l’Esprit-Saint, à la croissance dans la foi, à la conversion. Depuis des décennies, les fidèles, les passants, les touristes, les chercheurs de Dieu, les pénitents, les artistes ont trouvé à l’abbaye Saint Paul la sérénité, le silence, la paix, l’éloquente majesté de la liturgie monastique, un interlocuteur, un accompagnateur spirituel, un consolateur, un confesseur. S’y ajoutent des compétences artistiques et architecturales qui ont marqué le diocèse et bien d’autres lieux. Comment ne pas mentionner la production des carreaux de céramique qui contribuent à la notoriété de l’abbaye ?
            Les communautés religieuses apportent à toute l’Eglise une forme d’oxygène spirituel sans lequel les engagés de toute nature risquent de perdre souffle et d’enfermer les activités les plus généreuses dans les limites de leurs propres désirs.
           
            La vie monastique n’est pas épargnée par les bouleversements qui secouent, pour le meilleur et pour le pire, nos sociétés. Elle doit affronter les difficultés et les obstacles bien connus de tous les membres du Peuple de Dieu, notamment en Occident et dans notre pays. Les contemplatifs partagent aussi l’espérance de toute l’Eglise.
            La diminution du nombre des moines de l’abbaye Saint Paul, leur progression en âge, les difficiles perspectives d’entrée au noviciat se heurtent, depuis plusieurs années, aux exigences de l’existence quotidienne d’une abbaye. La solidarité à l’intérieur de la Congrégation de Solesmes a joué. Des moines de plusieurs abbayes sœurs sont venus prêter main forte à leurs frères de Wisques, mais, hélas,  la pauvreté ne fait pas sentir ses effets que dans un seul monastère !
            Une longue réflexion s’est conclue par la certitude que l’abbaye Saint Paul ne pourrait poursuivre sa mission que s’il elle recevait un soutien substantiel d’autres communautés bénédictines.Il est vite apparu que, seule, la communauté de l’abbaye Notre Dame de Fontgombault avait, aujourd’hui, la capacité de répondre à un tel appel. Avec sagesse et temps, des choix ont été faits et des décisions prises.
            Sans entrer dans tous les détails de la règle monastique et de sa mise en application, il est important de savoir que, dans une parfaite et pleine communion ecclésiale et dans le cadre de la Congrégation de Solesmes, les moines de l’abbaye de Fontgombault, célèbrent la liturgie selon le rite extraordinaire.
            Les pères et les frères – un peu plus d’une dizaine – qui arriveront prochainement à Wisques garderont légitimement cette tradition. Il n’était, toutefois,  pas question de l’imposer à tous les moines actuellement présents à Wisques. Il est facile de comprendre que des religieux qui ont, de façon heureuse, coulé leur prière et leur vie dans les dispositions mises en place après le concile Vatican II ne souhaitent pas changer de tradition.
            Dans le cas de mutations profondes à l’intérieur d’une abbaye ou d’une communauté, le droit de l’Eglise respecte la liberté des personnes en leur offrant plusieurs possibilités de demeurer fidèles à l’engagement qu’ils ont pris en prononçant leurs vœux dans un monastère déterminé. C’est ainsi que des moines actuellement mis à la disposition de Wisques retrouveront leur abbaye d’origine, d’autres souhaiteront intégrer une communauté qui a suivi un chemin proche de celui qu’a emprunté l’abbaye Saint Paul. Certains, en plein accord avec leurs supérieurs, apporteront leur concours, hors du monastère, à l’évêque et au clergé du diocèse d’Arras.
            Nous imaginons sans peine que des changements qui affectent une communauté monastique ont un réel impact sur les personnes. Leur dispersion constitue une épreuve, Notre diocèse est infiniment reconnaissant aux moines qui se sont succédé à l’abbaye Saint Paul. Cachés, mais présents, ils ont contribué pour leur part et selon les dons de Dieu, à la mission reçue par notre Eglise locale et remplie par elle. Nous les accompagnons au moment où dans la foi et la fidélité, ils sont appelés à faire une nouvelle expérience du renoncement au nom du Christ. Nous savons qu’ils continueront à prier avec nous et pour nous. Nous ne les oublierons pas.
           
 
            Il n’est pas évident pour une communauté d’essaimer ! Les moines venus de Fontgombault ont l’avantage du nombre et de la jeunesse. Ils doivent cependant quitter la communauté qui est la leur. Il leur faut consentir à un déracinement et à un nouvel enracinement. Ils entreront dans une histoire qu’ils poursuivront avec des frères solidement implantés à Saint Paul. Ils entretiendront à l’identique le lien avec les moniales de l’abbaye Notre Dame.
            Au nom de toute l’Eglise locale, je leur souhaite la bienvenue. Nous sommes heureux de pouvoir bénéficier encore de tous les trésors de la vie monastique. Ils nous sont nécessaires et indispensables. Je suis convaincu que les contacts futurs seront à l’image des premières rencontres chaleureuses et fraternelles avec le Père abbé, Dom Jean Pateau.
            La prière sera plus intense le jeudi 10 octobre 2013. Ce jour-là, l’actuelle communauté de l’abbaye Saint Paul et les moines originaires de Fontgombault qui entreront dans la nouvelle communauté seront réunis pour un temps d’action de grâce et d’accueil. Je participerai personnellement à ce grand moment de gratitude et d’espérance. Les fidèles et leurs pasteurs qui le peuvent et le désirent sont invités à se joindre à cette démarche. Le vendredi 11 octobre, la communauté de Saint Paul de Wisques prendra sa nouvelle configuration.
            Une page se tourne à l’abbaye Saint Paul. Il est toujours stimulant d’en écrire une autre. A l’aube de cette nouvelle étape, nous nous mettons ensemble à l’écoute de « Ce que l’Esprit dit aux Eglises. [1]»
 
 
 
                                                                                  + Jean-Paul JAEGER
 
 [1] Apocalypse 2, 11.
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