Ils glorifiaient et louaient Dieu

Lettre' de Mgr Jaeger Noël

Bethleem evoque emplacement3.JPG Bethleem evoque emplacement3.JPG   Il suffit d’avoir visité les environs de Bethléem pour comprendre qu’il y a un peu plus de deux mille ans, les conditions de la naissance de Jésus devaient être plutôt banales. L’habitat taillé dans le roc ne comportait habituellement qu’une vaste pièce. La partie réservée aux animaux ne constituait souvent qu’une excavation supplémentaire qui n’était pas toujours séparée de la salle commune. Pour les futures mamans, la nécessité de l’intimité et la recherche de la chaleur ont dû fréquemment transformer l’étable en refuge salutaire et en salle de travail.


Les crèches dont nous ornons nos maisons au temps de Noël ont idéalisé une scène peu significative à l’époque. Certes, il y avait eu l’épisode du déplacement de Nazareth à Bethléem pour cause de recensement. Il avait compliqué le déroulement d’un événement qui n’aurait retenu l’attention d’aucun chroniqueur de l’époque. Il n’était certainement pas de nature à susciter l’intérêt d’un peuple qui attendait la réalisation de la promesse de Dieu et guettait la venue du Messie.


Les cartes se brouillent plus sérieusement quand interviennent les bergers. Leur activité les éloigne du cercle social et religieux de l’époque. Le contact permanent avec les animaux les classe dans la catégorie des impurs. Ils ne peuvent compter sur aucune considération. La dernière place était leur lieu de résidence.


Il y avait du monde cette nuit là à Bethléem. Dieu fait un choix étonnant. Ses messagers sont envoyés aux bergers qui sont soudain enveloppés de lumière. Ces derniers entendent la « bonne nouvelle qui sera une grande joie pour tout le peuple. » Ils sont les premiers à savoir qu’un sauveur est né, les premiers à s’incliner devant lui.


Quand Dieu se manifeste, rien ne se passe jamais comme l’exigeraient la logique, le bon sens, l’organisation, la connaissance. Le dévoilement de son amour et de son œuvre ne se produit que dans la pauvreté, l’humilité, l’abandon. A l’époque de la naissance de Jésus, il ne manquait pas de sages, de savants, de religieux, de prédicateurs, d’ascètes, de chefs pour scruter le ciel et la terre et percevoir les paroles et les signes de Dieu. Aucun de ceux-là n’a été le bénéficiaire de l’annonce qui va bouleverser l’histoire des hommes. Elle est d’abord réservée à ceux dont la tête, la vie et le cœur étaient assez disponibles pour recevoir une révélation qui dépasse et déborde toutes les attentes.


L’attention au frère pauvre ne sert pas de bonne conscience aux disciples du Christ. Elle n’offre pas seulement l’occasion de faire un peu de bien ou d’obtenir des mérites. Elle trace l’inévitable chemin de notre rencontre avec Dieu. Dans la nuit de Noël, il faut être berger, devenir des bergers pour découvrir la merveille qui se produit. Elle est imperceptible aux yeux, aux oreilles, au cœur des grands, des puissants, des forts. Elle échappe à l’agitation quotidienne.


Il faut être « dehors » par rapport à tout ce qui obstrue les voies qu’emprunte Dieu pour percevoir en l’enfant né dans l’étable la source de la vie nouvelle. Seuls les plus humbles peuvent nous apprendre la pauvreté et nous faire saisir ce que Dieu réserve aux plus petits.


Gardons-nous bien de gâcher le plaisir de Noël. Il porte en lui-même bien des richesses que nous sommes avides de partager. Ne le transformons pas en moment magique qui nous ferait rêver un instant d’une lumière dans la nuit avant de sombrer à nouveau dans la fatalité des ténèbres.


C’est sans doute pour le meilleur que les foules veulent acheter, festoyer, rassembler et choyer. L’Eglise a l’audace de nous appeler au dépouillement, au renoncement, à l’abaissement. Ils sont ceux du Fils de Dieu qui se fait chair. Il n’y a pas de vrai Noël s’ils sont absents de nos réjouissances. La tradition, la liturgie, la charité nous font entrer dans un profond mystère. Elles ne nous dispensent pas d’emprunter l’itinéraire des bergers. Il nous fait passer du savoir à la communion, à la conversion, à l’accueil. Avec les bergers, « allons jusqu’à Bethléem pour voir ce qui est arrivé, l’événement que le Seigneur nous a fait connaître. »
Beau, grand et joyeux Noël !


+ Jean-Paul JAEGER
 

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