Saint Jean XXIII, Saint Jean-Paul II

Église d'Arras n°10

canonisation canonisation  La canonisation, le dimanche 27 avril 2014,  des Bienheureux papes Jean XXIII et Jean-Paul II a constitué, à elle seule, une petite révolution dans les habitudes de l’Eglise contemporaine. Pour des raisons facilement compréhensibles, la proclamation de la sainteté des personnes n’intervient ordinairement que plusieurs décennies, voire plusieurs siècles après leur mort. Le temps peut ainsi faire son travail. La distance dans le calendrier facilite l’oubli des limites, permet l’hypertrophie des mérites, élabore une tradition, forge peut-être une légende. Un saint est proche par l’intercession et la prière, mais il est distant par l’histoire.

            Cette approche a volé pour en éclats par la volonté des papes Benoît XVI et François. Je peux personnellement m’honorer d’invoquer comme saints le pape de mon adolescence et celui à qui je suis redevable de la mission que je remplis aujourd’hui. De ce dernier, je peux dire comme les apôtres se référant à Jésus : « Jai mangé et j’ai bu avec lui. » Je ne tire aucun titre gloire de ces situations, mais j’ai le sentiment que pour m’avoir personnellement rencontré, choisi et accueilli le pape Jean-Paul II doit être une sorte de saint au rabais !

            Comme beaucoup, je découvre aujourd’hui que la sainteté et la proximité peuvent cohabiter. Nous mesurons, bien évidemment les faits, les gestes, les attitudes qui  dans des vies exceptionnelles  et l’exercice de la charge de deux papes constituent autant d’indices de la sainteté. Mais, nous avons probablement en mémoire les inévitables limites de deux personnalités qui n’ont pas échappé à l’examen des observateurs et des médias. La vie et le ministère des saints Jean XXIII et Jean-Paul II n’ont pas eu la possibilité d’être tamisés par la succession des générations.

 

Du coup, la sainteté n’est plus synonyme de perfection acquise. Elle apparaît mieux comme l’œuvre de Dieu dans une vie. Lorsqu’au jour de son élection un pape se présente à la foule rassemblée sur la place Saint Pierre et au monde, son humilité n’est pas feinte. Mieux que quiconque, il connaît sa faiblesse. S’il parvient à la sainteté, elle ne peut être que le fruit du labeur de l’Esprit Saint qui, jour après jour, façonne et modèle un cœur disponible à l’accueil de la grâce divine et perméable aux attentes de Dieu Lui-même.          

 

Rien ne prédisposait le discret cardinal Roncalli à convoquer un concile œcuménique. Le cardinal Wojtyla pouvait-il pressentir en se rendant au 1er puis au second conclave de 1978 qu’il serait à l’origine de nombreuses brèches dans les habitudes d’une Eglise jamais trop pressée d’ouvrir la porte à des remises en question ? La sainteté n’exclue nullement l’investissement personnel. Elle se révèle, cependant, dans le consentement humble, caché et quotidien à une volonté qui dépasse de beaucoup les capacités des plus vertueux.

            Saint Jean XXIII, Saint Jean-Paul II deviennent par leur précoce élévation sur les autels des saints du quotidien. Ils abaissent les barrières qui s’installent spontanément entre la longue litanie des élus connus, célébrés et le commun des mortels. Ils sont en quelque sorte des saints à portée de main et à portée de cœur.

            La sainteté est toujours un don généreux et gratuit de Dieu. Quand elle se fait proche, elle ne peut que stimuler, encourager et soutenir. Les saints ne sont plus alors des modèles idéalisés et inaccessibles, mais des frères et sœurs aînés qui guident et accompagnent les leurs sur les chemins de la foi.

            L’Eglise en Occident traverse aujourd’hui de nombreuses zones de turbulence. Ce ne sont ni les premières ni les dernières. Elle est dynamisée par deux saints qui ont physiquement et spirituellement connu et traversé ces périodes. Leur sainteté constitue un signe merveilleux d’espérance pour leurs contemporains et  leurs héritiers. Rien n’empêche l’Eglise d‘engendrer des saints.

            Saint Jean XXIII, Saint Jean-Paul II, priez pour nous !

 

+ Jean-Paul JAEGER

           

 

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