L'unité que Dieu veut.

Ce n’est un secret pour personne : outre quelques îles, le diocèse d’Arras est géographiquement le plus proche de l’Angleterre ! Il n’est pas étonnant que depuis longtemps déjà des contacts se soient noués entre les Eglises présentes de chaque côté de la Manche. Les évêques successifs du diocèse anglican de Canterbury et de celui d’Arras se sont rencontrés, accompagnés de modestes délégations de leurs églises et de leurs diocèses respectifs.
            Une session de cet échange œcuménique vient de se dérouler à Arras du vendredi 4 au lundi 7 mai. L’évêque de Douvres et son épouse, un prêtre homme et un prêtre femme ont partagé et réfléchi avec l’évêque, un groupe de fidèles et de prêtres du Pas-de-Calais.
            L’œcuménisme passe par la convivialité. Il nous est bon de vivre en frères, même si nous percevons mieux en cette circonstance que nous appartenons à cette à catégorie que la théologie dénomme « frères séparés. » Le même Seigneur, la même Parole de Dieu, la même prière, la même charité constituent un ciment dont nous ne mesurons pas toujours la consistance.
            Il est aussi heureux de mettre en commun des expériences qui révèlent la persistance de problèmes identiques malgré des différences d’organisation. L’Eglise anglicane d’Angleterre a fait le choix d’ordonner des hommes mariés, puis des femmes. Elle devra se prononcer prochainement sur l’accès des femmes au ministère épiscopal. D’autres voies sont suivies par l’Eglise catholique romaine.
            Cette diversité ne gêne en rien les liens fraternels. Il apparaît vite qu’elle laisse intact le problème de l’annonce de l’Evangile aujourd’hui. Des deux côtés de la Manche, les Eglises s’interrogent sur les mutations culturelles et leurs incidences sur la foi, la diminution du nombre des fidèles, la relation entre la foi et la vie sacramentelle, la désaffection de la jeunesse et sa persévérance dans la vie en Eglise.
            Le statut reconnu de l’Eglise anglicane dans les structures sociales de l’Angleterre atténue sans doute les effets des évolutions constatées chez nous, mais la sécularisation fait son œuvre, la conception qu’a l’être humain de lui-même et de ses semblables conduit à la même indifférence et à l’ignorance même de Dieu. Les constats et les ébauches de solution sont souvent identiques !
            Nous souffrons de ne pas pouvoir concélébrer la même Eucharistie et de ne pas nous nourrir ensemble du Corps et du Sang du Christ. Nous ne pouvons pas tricher avec la division, elle est là ! L’amour de la même humanité, le désir de lui proposer le Salut en Jésus-Christ, l’ouverture et le dialogue, des entreprises pastorales et des services communs, la sollicitude envers tout homme et tous les hommes, l’urgence de l’Evangélisation nous rappellent que nous sommes les ouvriers de la même vigne.
                        Les préoccupations internes aux Eglises ont parfois estompé l’importance de l’œcuménisme dans la vie et la mission de nos communautés. Les papes successifs en ont rappelé la nécessité.
            Dans l’exhortation apostolique Novo millenio ineunte [1]  qui fixe quelques objectifs à l’Eglise catholique au terme Jubilé de l’an 2000, le futur bienheureux Jean-Paul II écrit : Le grand Jubilé nous a fait prendre une conscience plus vive de l'Église comme mystère d'unité. « Je crois en l'Église une »: ce que nous exprimons dans la profession de foi a son fondement ultime dans le Christ, en qui l'Église n'est pas divisée (cf. 1 Co 1,11-13). Étant son Corps, dans l'unité qui vient du don de l'Esprit, elle est indivisible. La réalité des divisions se déploie sur le terrain de l'histoire, dans les relations entre les fils de l'Église; c'est une conséquence de la fragilité humaine dans la façon d'accueillir le don qui provient continuellement du Christ-Tête dans son Corps mystique. 
 
            Nous ne pouvons pas nous substituer à l’Esprit Saint, seul garant et seul acteur de l’unité du Corps du Christ. Il nous appartient cependant d’ouvrir nos cœurs, de nous laisser entraîner par le Seigneur sur les chemins de la conversion et de nous montrer réellement disponibles à ce que Dieu veut. L’unité est un don. Le quotidien de notre vie en Eglise doit en exprimer notre désir et nous préparer à le recevoir. C’est ce que nous essayons de vivre humblement avec des frères et sœurs d’autres Eglises chrétiennes.
 
 
 
                                                                                  +  Jean-Paul JAEGER
 


[1] Jean-Paul II - Novo millenio ineunte § 48

Article publié par Alicia Lieven - Gestionnaire technique du site internet du Diocèse • Publié • 1057 visites