Le temps du discernement

Comment le discernement spirituel peut venir éclairer une incompréhension !

les monts voirons les monts voirons  Trois années de suite j'ai passé les fêtes de Noël sur les Monts Voirons, entouré des Petites Soeurs de Bethléem. Ce nom qu'elles ont choisi laisse à penser que Noël est une fête très importante pour elles. Bien sûr elles s'y préparent tout le temps de l'Avent, mais il y a comme une intensité, une fébrilité croissantes dans les jours qui approchent la veillée et la nuit très saintes. Elles sont de plus en plus recueillies, silencieuses - et c'est une joie intérieure qui se voit, éclate au grand jour.

Les Voirons se situent en Haute-Savoie, à 1500 mètres d'altitude, près de Genève. Par temps clair on admire toute la chaîne du Mont-Blanc, qui s'étalait devant mes yeux ébahis. Sans doute ce lieu, d'abord un ermitage dont la fondation remonte à la nuit des temps, a été choisi pour cela - du moins j'y crois. On peut s'y trouver très seul (même en communauté), dans la nuit et le silence, loin et au-dessus des troubles du monde - et aussi contempler un de ses plus beaux spectacles.

 

Les petites soeurs ont  une règle très autère. Les offices en commun sont plus rares que chez les bénédictins par exemple. Elles se rapprochent plus des chartreux, avec de longs temps de prière solitaire. Ainsi tous les lundis, chacune monte encore plus haut dans les montagnes, et se retrouve toute seule, en compagnie de Dieu. Et les frères de Bethléem sont à Currière en Chartreuse, en Isère, dans un ancien monastère fréquenté au 11ème siècle par Saint Bruno, le fondateur de l'ordre des chartreux.

 

Cette fois, enfantmain enfantmain  alors que la longue messe de la nuit très sainte était finie, j'étais resté plus longuement à prier, en compagnie de quelques soeurs qui voulaient elles aussi prolonger l'état de grâce reçue. Au milieu du silence, l'une d'elle s'est soudain écriée : " Mon Dieu, je suis absolument sûr de toi !". C'était sans doute pour elle une révélation, qu'elle avait besoin de partager avec ses compagnes de la nuit.

Ou peut-être ne se rendait-elle plus compte qu'elle n'était pas seule, entièrement occupée à converser avec son Seigneur.

 

Plus de 40 ans se sont écoulés depuis cet évènement. Pour moi il a été fondateur, comme tant d'autres. En cet éclair s'est ancrée ma foi, un peu plus - un cadeau.

En entendant ces paroles pourtant, j'avais été choqué : comment peut-on affirmer, surtout haut et fort, publiquement, une telle certitude ? Pour moi il y avait de l'orgueil, de l'inconscience. Une forme d'illusion. J'en ai reparlé le jour de Noël avec elle. Je lui ai exprimé mes réticences. Je ne me rappelle pas ce qu'elle m'a dit. Mais je n'étais toujours pas convaincu.

Au fond il m'a fallu attendre quelques dizaines d'années pour comprendre que cette femme m'avait transmis un message.

Et très souvent je crie, intérieurement : "Seigneur, je suis absolument sûr de toi". Sans que je puisse vraiment bien expliquer pourquoi.

Mais ces mots - comme tant d'autres - m'apaisent, me rassurent.

Cela je le sais, je le sens. C'est du solide.

Alors j'en suis sûr.

 

 

Je dis au Seigneur : "Mon refuge, mon rempart,

mon Dieu, dont je suis sûr !" (Ps90,2) 

 

 

 

Jérôme van Langermeersch

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