A près la pluie le beau temps

si je suis au fond du trou, j'ai toujours l'espoir d'en sortir.

pluie et soleil pluie et soleil  « Jusqu'à ce jour je vous connaissais peu, et vous aimais peu. Mais mon amour pour vous est à présent tellement intense que je ne puis me contenter de vos messagers. Achevez donc de vous donner tout entier (…). Que mon âme se recueille intérieurement pour jouir de votre visite... »

St Jean de la Croix n'y va pas par quatre chemins. Il parle souvent (ici dans le Cantique Spirituel, strophe 6ème) de son amour total pour son Seigneur, sans réserve, comme d'une relation physique intense.

C'est ce thème qui domine le très beau Cantique des Cantiques – qu'il cite en abondance.

 

Tous ceux qui croient en Dieu ne passent pas par de telles expériences mystiques. Elles peuvent rebuter certains, faire sourire d'autres. Pour eux cette croyance en son existence semble suffire. Ils n'ont pas besoin de sentir sa présence au-dedans d'eux (pourtant c'est bien de cela qu'il s'agit lorsque nous mangeons son corps, au cours de l'Eucharistie).

 

St Jean de la Croix lui-même n'a pas recueilli l'adhésion de ses contemporains – il a même été emprisonné pendant 9 mois. C'est cette solitude et cette injustice (on l'aurait accusé faussement) qui lui ont entre autres inspiré le Cantique Spirituel.

Il ressentait pour Dieu un amour passionnel, sans limite, au point de se transformer en lui. Il avait envie que cette relation demeure cachée, dans le secret, à l'abri des dangers. Et en même temps c'était primordial pour lui d'en parler – ce qu'il fit au travers de ses écrits.

C'est très paradoxal.

Et pour moi il reste crédible parce que cette volupté n'est pas gagnée d'avance : pour y parvenir l'âme doit passer par d'atroces souffrances – comme celles qu'a subies Jésus.

 

Tous les chrétiens n'empruntent pas ce chemin. Certains accèdent directement à la contemplation.

 

Et il nous est à tous, croyants ou non, donné de vivre des moments de grand enthousiasme, comme si le monde nous appartenait, suivis de déceptions, de profonde tristesse. Ces contraires se valident mutuellement. J'ai le droit d'être dans une joie provisoirement sans borne, puisque je sais qu'elle ne durera pas. Et si je suis au fond du trou, j'ai toujours l'espoir d'en sortir.

« Chose admirable, dès que l'âme sent la présence de l'ennemi perturbateur, (…) elle s'enfonce dans la partie la plus profonde d'elle-même (…). C'est ainsi que s'évanouissent toutes les craintes qui venaient du dehors (La Nuit Obscure de l'Esprit, ch. 23) »

 

Désormais je puis à loisir angoisser, avoir peur de l'avenir, regretter. Ça ne m'atteint plus. Il me suffit, dès que s'annonce le malheur, d'aller me recueillir dans cette partie intime de moi-même, à l'abri de mes propres tourments. Et d'attendre en secret que passe l'orage. Après la pluie viendra bien le beau temps.

 

Parce que là je ne suis plus moi mais quelqu'un d'autre, qui est occupé à autre chose : aimer. Et uniquement cela.

 

« Je suis devenu responsable de tout ce qui se passe en ce monde

L'homme et la terre, l'obscurité et la clarté.

Tu vois bien ma rose j'ai tant à faire,

Tu vois bien ma rose,

Je ne fais que t'aimer »

Nazim Hikmet, De l'amour à faire pleurer de rage.

 

Jérôme van Langermeersch

10/04/2019

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