Eveille-toi

Petit à petit l'aurore commence à poindre. Le voile se lève. Sur un autre jour...

revenir a Dieu revenir a Dieu  Lorsque tu angoisses, tu es tenté de te regarder comme dans un miroir. C'est peut-être dramatique. Tu as devant toi tes propres tourments. Ils tournent en boucle.

Lorsque le découragement te tente, place-toi au contraire, immédiatement, devant le Seigneur, devant sa face. C'est le mieux à faire. Tu chasses alors tes propres pensées, comme par miracle.

Et c'est un miracle.

Seigneur, viens vite à mon aide. Ne me laisse pas aller à des œuvres de mal.

Le mal là, c'est ce qui m'enserre quand je me crois seul.

 

« Pourtant tu n'es jamais seul. Laisse-toi sonder jusqu'au cœur de toi-même, et tu verras que tout homme est créé pour être habité » (Frère Roger, Vivre l'Inespéré).

 

Si aussitôt je me livrais à toi, pieds et poings liés, il n'y aurait plus aucune place pour l'inquiétude ni la peur.

Quand j'ai envie de juger – un autre, moi-même – qu'aussitôt j'enfouisse mon visage dans mes mains, pour l'étouffer.

Alors peut se passer l'inattendu. Les pensées peu à peu s'enfuient, laissant place au silence. Le silence de la mort. L'étouffement. Avant une nouvelle naissance. L'être nouveau ne se souvient plus du précédent.

 

Cette femme en fin de vie. Atteinte d'une maladie dégénérative incurable. Les soignants m'appellent au secours, car ils sentent qu'elle souffre. Ils compatissent, ils souffrent avec elle. Elle se replie comme un fœtus, ses muscles se contractent et tremblent. On sait que c'est sa façon à elle d'exprimer sa souffrance. Elle n'a pas de langage, elle ne peut pas crier sa douleur.

Arrivé à son chevet, je me sens évidemment impuissant. Une colère monte en moi, à cause de cette impuissance. J'ai envie de leur dire qu'ils n'auraient pas dû m'appeler, puisque je ne peux rien faire de plus qu'eux.

« C'est bientôt l'heure de sa nouvelle dose de morphine, me dit l'aide-soignante. On sait bien quand la dose précédente a fini d'agir »

De façon spectaculaire en effet – mais c'est provisoire – la morphine semble l'apaiser. Elle ne crie plus, ses muscles se détendent.

 

Je reprends le fil de ces très courts instants. Nous avons tous été avec elle, à sa place. Dans sa douleur puis lorsqu'elle a été soulagée. A chaque instant nous n'étions plus nous-mêmes, mais elle.

Seul un autre que nous-mêmes a été capable d'un tel prodige.

Nous nous sommes placés entre ses mains. Ainsi nous n'avions plus rien à ressentir. Cette compassion, cette colère évitée, l'apaisement durant un moment.

Tout cela ne nous appartenait plus.

 

C'est ce que j'aime croire.

Il n'y a pas de foi sans reconnaissance de sa propre misère.

La foi, ce n'est pas seulement croire en l'existence de Dieu – ça n'aboutit à rien d'autre.

C'est lorsque je me sens démuni, incapable de faire face, que le Seigneur vient à moi. Il me pénètre, j'en jouis. Je sens bien sa présence, et son pouvoir de guérison.

Alors j'ai la force de regarder s'envoler mes tourments, ils ne m'appartiennent plus.

C'est extraordinaire, et aussi habituel. Ça devient une habitude. Un réflexe.

Alors c'est merveilleux.

1face au seigneur 1face au seigneur  

Nous connaissons bien ces réveils difficiles. Après une nuit de rêves, le réveil sonne. Une angoisse peut naître, nous sommes tirés de notre sommeil par les inquiétudes de la veille. Ou de celles à venir. Tout se mélange.

Et petit à petit l'aurore commence à poindre. Le voile se lève. Sur un autre jour, et aussi un autre visage.

Je regarde encore le miroir, mais ce n'est plus moi qui s'y reflète. C'est un autre.

 

« Je croyais que mon voyage touchait à sa fin, (…) et que le temps était venu de prendre retraite dans une silencieuse obscurité.

(…) Mais je découvre que ta volonté ne connaît pas de fin en moi.

Et quand les vieilles paroles expirent sur la langue, de nouvelles mélodies jaillissent du cœur.

(TAGORE, l'Offrande Lyrique, 37).

 

Jérôme van Langermeersch, le 11/02/2019.

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